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    <title>Les Nouvelles de Mijo</title>
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    <description>Un très triste jour, Notre Chat Gribouille nous a quittés. Comme une thérapie, je lui ai écrit une lettre d’adieux, que j’ai éditée dans mon blog. Les réactions de mes amis lecteurs m’ont incitée à écrire de nouveau, mais en faisant simplement appel à mon imagination.&lt;br/&gt;A toi, Gribouille, le déclencheur de cette aventure. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Les Nouvelles de Mijo</title>
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      <title>Conte à rebours</title>
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      <pubDate>Mon, 11 May 2009 10:00:05 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2009/5/11_Conte_%C3%A0_rebours_files/Conte%20a%20rebours-photo.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object000_2.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce qui va suivre, contrairement à ce que vous pourriez croire, est une histoire vraie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La grenouille se faisait cuire au soleil.&lt;br/&gt;Mais non, nous ne sommes pas en train de cuire des cuisses de grenouilles, non, je disais.....&lt;br/&gt;... la grenouille, bien assise sur sa feuille de nénuphar, en plein milieu de la mare, se faisait bronzer au soleil du mois d'août.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle appréciait à sa juste valeur cet instant de repos bien mérité.&lt;br/&gt;Car c'est bien fatiguant quand on y réfléchit, une vie de grenouille.&lt;br/&gt;Toujours obligée de chercher sa nourriture, aux aguets, immobile, même quand de furieuses démangeaisons, et même des crampes, se manifestent au moment le plus inopportun.&lt;br/&gt;Et pas moyen de se déplacer lentement, en prenant le temps de flâner, non, toujours sauter, sauter, sauter, quelle vie!&lt;br/&gt;Et puis, cette nourriture... pouah!, dégouttant!&lt;br/&gt;Des moustiques, des mouches, des moucherons, et plein d'autres insectes aussi peu ragoûtants les uns que les autres.&lt;br/&gt;Tout ça c'est le régime commun des grenouilles, mais voilà, notre grenouille n'en n'était pas une. &lt;br/&gt;Enfin, si, d'une certaine façon c'en était une, mais seulement en apparence.&lt;br/&gt;En réalité, c'était un jeune homme.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Oui, oui, je sais, vous vous dites, elle va nous resservir l'histoire de la grenouille qui est en réalité un prince charmant, mais vous vous trompez, ça n'est pas ça, ou pour être plus juste, pas tout à fait ça.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce jeune homme était en réalité un vrai vaurien, un chenapan, qui n'avait pas volé son triste sort. &lt;br/&gt;Un jour, il avait exaspéré tellement gravement le sorcier du pays que celui-ci, pour lui apprendre à vivre, d'un coup de zapette, l'avait transformé en grenouille!&lt;br/&gt;Eh! oui!, et il ne l'avait pas volé.&lt;br/&gt;Ce garçon passait son temps à faire les quatre cent coups, et s'amusait à terroriser les villageois.&lt;br/&gt;Je ne vais pas entrer dans les détails de sa triste vie, et de tous ses petits ou gros méfaits, mais c'est le dernier de ceux-ci qui lui valut cette malédiction aquatique.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il avait simplement décidé de mettre de la lessive dans l'eau de récupération du sorcier.&lt;br/&gt;Dans l'absolu, pas vraiment de quoi en faire une histoire, mais imaginez tout de même la surprise de celui-ci lorsqu'il découvrit que l'eau qu'il versait sur ses légumes les transformaient en masses informes, blanches, mousseuses et peu appétissantes!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il faut dire que le sorcier, qui savait faire beaucoup de choses, n'avait aucun pouvoir sur les légumes.&lt;br/&gt;Ça n'était pas faute d'avoir essayé, mais il n'y avait rien à faire, les légumes ne réagissaient pas à ses tours de magie.&lt;br/&gt;Il était donc obligé de les cultiver normalement, et il en prenait grand soin.&lt;br/&gt;Aussi, le tour de cochon que venait de lui faire le mauvais sujet, ne pouvait pas le laisser insensible.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais pourtant, tout n'était pas si négatif dans cette histoire, parce que, quand le vent soufflait, de ravissantes bulles de savon voletaient dans le potager, et rivalisaient de légèreté avec les papillons.&lt;br/&gt;Cela amusait les enfants, qui, du coup, espéraient avec impatience les jours de grand vent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Seulement voila, ce sorcier, bien que jardinier, n'était pas poète, mais alors pas du tout.&lt;br/&gt;Ces bulles de savon étaient la goutte d'eau qui avait fait débordé le vase, et avaient mis en furie le sorcier jardinier.&lt;br/&gt;En découvrant ce spectacle, sans un mot, les lèvres pincées, il était rentré chez lui, en était ressorti avec sa zapette magique, l'avait braquée sur le garnement hilare, et hop, plus de jeune homme, mais une toute petite grenouille verte, éberluée et coassante, à la place.&lt;br/&gt;Heureusement, la mare n'était pas loin, et une femme compatissante, avait attrapé la grenouille, et l'avait jetée dans l'eau.&lt;br/&gt;Mais le jeune homme ne sachant pas nager, la grenouille avait failli se noyer.&lt;br/&gt;Mauvais débuts dans sa nouvelle vie de batracien.&lt;br/&gt;Heureusement, la grenouille avait vite appris à nager la brasse, mais impossible de nager le crawl, bien qu'elle eut essayé à maintes reprises.&lt;br/&gt;Elle aurait bien aimé aussi faire la planche, mais rien à faire, elle ne réussissait qu'à faire des rouleaux successifs, à boire la tasse et à se donner mal au cœur.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle apprit aussi à attraper les insectes, c'était indispensable pour sa survie, mais elle ne s'y faisait pas.&lt;br/&gt;Quand il était un garçon, il aimait bien manger, et la grenouille regrettait les bons repas de son ancienne vie à chaque bestiole infecte qu'elle devait ingurgiter.&lt;br/&gt;Ah! les bon poulets que lui faisait sa mère! Avec des petites pommes de terre au four, dans le jus du poulet..... Hum!!!!&lt;br/&gt;Les côtes de porc, de veau, d'agneau.... avec les haricots verts du jardin... Hum!!!&lt;br/&gt;Et les gâteaux!&lt;br/&gt;Les Saint Honoré, les babas au rhum, les tartes aux pommes, et les Paris Brest (ses préférés!), les glaces etc... etc...&lt;br/&gt;Que de bonnes choses dont la grenouille serait privée à jamais!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce qui la faisait le plus rager, c'est que, lorsqu'il était un sale gosse, il adorait pêcher les grenouilles et en dévorer les cuisses après les avoir cuites à la broche.&lt;br/&gt;A présent, dès que la grenouille entendait un gamin s'approcher, elle se précipitait sous l'eau pour ne pas se faire remarquer.&lt;br/&gt;C'est que ça doit être terriblement douloureux de se faire pêcher, et dévorer ensuite .&lt;br/&gt;Très douloureux, horrible, même!&lt;br/&gt;Brrrr!, rien que d'y songer lui donnait la chair de poule... enfin, c'est une façon de parler, évidemment.&lt;br/&gt;Le seul insecte qu'elle aimait vraiment manger, c'étaient les libellules.&lt;br/&gt;Les agrions de préférence, ces grandes et belles libellules bleues.&lt;br/&gt;Mais elle n'avait pas la chance d'en manger beaucoup parce qu'elle n'était pas très habile à la chasse.&lt;br/&gt;De plus, c'était un très gros insecte pour elle, saisonnier de surcroît, et, quand elle arrivait à en attraper une, il lui était très difficile de la dévorer. &lt;br/&gt;Ça lui prenait pas mal de temps, et tout autant pour la digérer.&lt;br/&gt;Parce que, contrairement à ce que l'on dit: légère comme une libellule, une taille de libellule, et autres bêtises du même genre, c'est gros une libellule, surtout pour une petite grenouille.&lt;br/&gt;Encore, si ses préférences avaient été vers les demoiselles, elle s'en serait mieux tirée, parce que ces joiles petites libellules, bleues ou rouges, qui ont la délicieuse habitude de former un cœur lorsqu'elles s'accouplent, sont beaucoup plus frêles, plus menues, plus délicates, et sont donc, je suis désolée de le dire, des proies plus faciles.&lt;br/&gt;Mais notre grenouille n'en faisait aucun cas.&lt;br/&gt;Et quand il n'y avait plus de libellules, elle devait se contenter des autres insectes, ce qui, finalement, était sa misérable réalité quotidienne.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quel triste sort pour le fin gourmet qu'il avait été.&lt;br/&gt;Elle s'ennuyait, notre grenouille.&lt;br/&gt;Ses seules occupations, ses seules priorités étaient la recherche de la nourriture, et dormir.&lt;br/&gt;Pas folichon pour un ancien garnement, toujours occupé, toujours virevoltant, à la recherche de la plus grosse bêtise à faire.&lt;br/&gt;Pas question de faire du vélo, de regarder la télé, de courir les filles, de faire des niches à ses voisins, bref, de vivre normalement la vie d'un humain.&lt;br/&gt;Pendant des jours, des mois, elle vécut sa vie de grenouille, monotone et sans espoir, .&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Hors, ce jour là, pendant le bain de soleil de notre grenouille, arriva sur la berge une ravissante jeune fille.&lt;br/&gt;Toute menue, blonde, les yeux comme du miel, avec une jolie robe verte, des chaussures de la même couleur et un nœud jaune dans les cheveux, elle avançait en sautillant.&lt;br/&gt;Elle chantonnait aussi, jouait avec les papillons, riait, dansait, bref, elle était mignonne à  croquer, et notre grenouille regretta avec encore plus d'amertume son état de batracien car elle tomba instantanément, folle amoureuse de la jeune fille.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Oui je sais, &amp;quot;amoureuse de la jeune fille&amp;quot; ça fait bizarre, mais que dire d'autre?&lt;br/&gt;C'est une grenouille, comment savoir si c'est un mâle ou une femelle?&lt;br/&gt;Le sorcier n'a pas dû se soucier de ce détail quand il l'a fait passer de l'état de jeune homme à celui de grenouille.&lt;br/&gt;C'était le cadet de ses soucis, et il se fichait bien des problèmes que ça me poserait plus tard pour raconter cette histoire.&lt;br/&gt;(Tous des égoïstes et des égocentriques ces sorciers... mais je ne dis rien de plus.... la zapette magique pourrait aussi me jouer un vilain tour).&lt;br/&gt;Alors, pour plus de commodités, je vais parler de notre grenouille au masculin.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Donc, celui-ci tomba raide amoureux de la jeune fille!&lt;br/&gt;Une situation particulièrement difficile à gérer, vous en conviendrez.&lt;br/&gt;Que pouvait-il faire?&lt;br/&gt;Comment lui déclarer sa flamme?&lt;br/&gt;Avec des &amp;quot;Coâ coâ coâ?&lt;br/&gt;Risible, grotesque, même pire: pitoyable!&lt;br/&gt;Elle aurait éclaté de rire, et elle aurait eu raison.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais comment se faire remarquer sans risquer de finir dans une poêle, ou pire, sur une table de vivisection?&lt;br/&gt;Quelle horreur, lui qui aimait tellement disséquer des grenouilles vivantes autrefois, et qui y prenait tellement de plaisir, il se voyait à son tour allongé sur la table métallique et... et...&lt;br/&gt;Il ferma un instant les yeux pour chasser cette horrible image.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quand il les rouvrit, la jeune fille n'était plus là!&lt;br/&gt;Il eut l'impression que le soleil était parti et que l'eau s'était tout à coup refroidie. &lt;br/&gt;il se mit à grelotter en claquant des dents (?) et, au désespoir, il sauta sur la berge pour essayer de voir où elle était allée.&lt;br/&gt;Il l'aperçut au loin, légère et trottinante, et l'entendit chantonner, mais elle était déjà trop loin pour qu'il puisse la suivre.&lt;br/&gt;Ah! si seulement il était toujours le garçon d'autrefois!&lt;br/&gt;Il n'aurait pas mis bien longtemps pour la rattraper, il ne l'aurait même pas laissée partir.&lt;br/&gt;Il lui aurait parlé comme il savait si bien le faire, avec ses mots à lui, si doux, si enjôleurs, si câlins qu'aucune des filles qu'il avait courtisées n'y avaient jamais résisté.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais à présent que voulez-vous qu'il fît?&lt;br/&gt;La tête basse, il plongea dans la mare, coassa un petit peu, c'était sa façon à lui d'exprimer sa peine, et, se cachant sous une feuille, le museau hors de l'eau quand même, il s'endormit, tout en poussant de temps à autres, de gros soupirs déchirants.&lt;br/&gt;(Qui n'a jamais entendu les gros soupirs déchirants d'une grenouille amoureuse ne sait pas ce que c'est qu'un gros soupir déchirant.)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La nuit bien sûr, ne fut pas bonne.&lt;br/&gt;Il fit des cauchemars, il rêva que sa dulcinée tombait dans la mare, ne savait pas nager et se noyait parce qu'il n'avait pas pu l'aider.&lt;br/&gt;Il tremblait de désespoir; c'est sûr, il devait avoir de la fièvre.&lt;br/&gt;Mais comme il était dans l'eau, que c'était un animal à sang froid, ça n'était pas très grave.&lt;br/&gt;La nuit s'acheva enfin.&lt;br/&gt;Le jour revint, et notre grenouille, assis sur sa feuille, commença à attendre son bel amour.&lt;br/&gt;La matinée passa, sans qu'il se préoccupât de manger.&lt;br/&gt;Pourtant, pour tenir le coup, il aurait dû manger beaucoup, mais il ne sentait pas la faim.&lt;br/&gt;Sa faim, c'était elle seule qui pouvait la satisfaire.&lt;br/&gt;De temps en temps seulement, il plongeait quelques secondes pour ne pas se dessécher sur place, mais c'était tout ce qu'il était capable de faire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et puis, vers dix sept heures, il entendit au loin, un chant mélodieux.&lt;br/&gt;Enfin, pas si mélodieux que ça, quelques couacs se glissaient dans la mélodie, mais comme il était tellement amoureux, elle aurait pu massacrer la Traviata, il ne s'en serait même pas aperçu.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'était elle! &lt;br/&gt;Il le savait, ça ne pouvait être qu'elle, il reconnaissait sa voix enchanteresse, et ses gracieux petits pas de danse sur la douce mousse.&lt;br/&gt;Elle sautillait divinement bien, avec une légèreté, une grâce qui n'appartenaient qu'à elle.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il se hissa sur les bords de la mare, mais en se dissimulant pour ne pas risquer d'être écrasé par les pieds mignons de sa bien aimée.&lt;br/&gt;Elle arriva près de la mare, légère comme une libellule (oups! mauvaise comparaison en ces circonstances, non?).&lt;br/&gt;Légère comme un papillon, gaie comme un pinson, jolie comme une fleur, appétissante comme une brioche sortant du four.&lt;br/&gt;Une déesse!&lt;br/&gt;Bon, j'arrête ces superlatifs, trop c'est trop, vous finiriez par ne plus me croire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Lui la regardait, de tous ses yeux (en fait il n'en n'avait que deux, comme tout le monde), amoureux transi, tremblant, une vraie loque batracienne.&lt;br/&gt;Vous avez déjà vu une loque batracienne? Une grenouille amoureuse?&lt;br/&gt;C'est pas joli joli, et je ne vous souhaite pas de vous trouver un jour devant ce triste spectacle.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La jeune fille s'assit dans l'herbe, et manqua de l'écraser.&lt;br/&gt;Mauvais débuts pour une histoire d'amour.&lt;br/&gt;Elle arrangea sa robe avec soin autour d'elle, se passa la main dans les cheveux, tapota la mousse pour vérifier s'il n'y avait rien de gênant, et s'allongea gracieusement en poussant un léger soupir de satisfaction... puuff !...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La grenouille la regardait intensément, avec un amour grandissant à chaque minute, et se sentait plus misérable qu'un vermisseau.&lt;br/&gt;Comment faire savoir à son amour qu'il était fou d'elle, lui, si petit et minable amphibien?&lt;br/&gt;Sans s'en apercevoir, les larmes coulaient de ses yeux mordorés, non pas des larmes de crocodile, mais des vraies larmes de grenouille morte d'amour.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quelle tristesse!&lt;br/&gt;Il regrettait le temps où il était un garçon, garnement peut-être, mais un humain, qui aurait pu faire la cour à cette belle adorée, mais il ne pouvait rien faire d'autre que de regretter, hélas!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ses pensées tragiques lui arrachaient des pleurs qui auraient ému même un rocher.&lt;br/&gt;Evidemment, il aurait fallut que le rocher puisse exprimer son émotion, et cette chose ne s'est pas vue souvent, en tout cas, je n'en n'ai jamais entendu parler.&lt;br/&gt;Mais je m'égare.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A force de pleurer, de soupirer, de gémir, de geindre, la belle endormie l'entendit et ouvrit un œil.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pendant qu'elle dormait, la grenouille, petit à petit, s'était approchée d'elle, tout près, tout près, et se trouvait, à l'instant précis où la paupière se souleva, devant cet œil encore ensommeillé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, la demoiselle ne se leva pas d'un bond en hurlant:&amp;quot; Oh!!!!.... quelle horrrrreur!!!... une grrrrenouille!!!!&amp;quot;....&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Non non, elle resta immobile, et regarda la grenouille en souriant un long moment.&lt;br/&gt;Celle-ci, folle de joie devant cette attitude, il faut dire qu'elle ne s'attendait pas à se trouver nez à œil  avec son amour sans que celle-ci ne l'écrase d'un geste de dégoût, lui faisait des yeux de crapaud mort d'amour, tout à fait ridicules.&lt;br/&gt;Mais ni l'un l'autre ne s'en souciaient, et il est curieux de remarquer que, sans conteste, ils se plaisaient tous les deux.&lt;br/&gt;Bizarre, non?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Que la grenouille soit amoureux, bon, on peut le comprendre.&lt;br/&gt;Ses antécédents, malgré sa triste métamorphose, le poussaient davantage à tomber amoureux d'une belle jeune fille plutôt que d'une grenouille.&lt;br/&gt;Mais la demoiselle?&lt;br/&gt;Elle ne devait pas être complètement normale, non?&lt;br/&gt;Faire les yeux doux à une grenouille?&lt;br/&gt;J'y perd mon latin.&lt;br/&gt;Enfin, l'amour a de ces bizarreries parfois, je ne cherche plus à comprendre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tous deux se regardaient.&lt;br/&gt;Se regardaient.&lt;br/&gt;Se faisant des minauderies.&lt;br/&gt;Enfin, c'est plutôt la demoiselle qui en faisaient, parce que la grenouille se contentait de regarder la jeune fille, les yeux en soucoupe, en poussant de tout petits coâ coâ, extasiés.&lt;br/&gt;C'était le maximum de ses possibilités, il faut le comprendre.&lt;br/&gt;La jeune fille, tout à coup, se mit sur son séant, attrapa la grenouille, et avec une spontanéité qui surpris tous les spectateurs de cette scène, y compris moi, porta la grenouille à sa bouche, et... l'embrassa!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un coup de tonnerre retentit aussitôt, et un gros nuage de fumée envahit le théâtre de cette scène, pour le moins ahurissante.&lt;br/&gt;Cette fumée piquait les yeux, et ici et là, on entendit quelques toux et éternuements.&lt;br/&gt;Moi-même...&lt;br/&gt;Mais non, il me tarde de vous dire ce que, le nuage, une fois dissipé, nous révéla.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il y avait toujours une grenouille sur le sol, mais à la place de la jeune fille, le jeune homme, abasourdi, étourdi, médusé, se tenait debout, les bras ballants, penché sur la grenouille et ne cessant de répéter: &amp;quot;Ça alors... et bien ça alors...!&amp;quot;.&lt;br/&gt;Evidemment, il ne pouvait pas dire grand chose d'autre, le pauvre.&lt;br/&gt;Que s'était-il donc passé?&lt;br/&gt;Qu'était devenue la jeune fille? &lt;br/&gt;Je ne vous ferait pas l'injure de croire que vous n'avez pas compris le drame qui venait de se dérouler là, sous mes yeux?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En fait, la belle jeune fille était une grenouille que le sorcier, un jour d'ennui, avait transformée en jeune fille!&lt;br/&gt;Comme ça, sans même y penser.&lt;br/&gt;Il faut dire que ça lui arrivait de plus en plus souvent de faire ce genre de chose.&lt;br/&gt;Il vieillissait et ne contrôlait plus très bien ses pouvoirs, ce qui faisait que parfois, il n'était pas à l'abri de commettre une sottise.&lt;br/&gt;Et c'était le cas.&lt;br/&gt;Une grosse sottise quand même, car, comment réunir ces deux êtres amoureux et tellement malchanceux?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le sorcier était bien embêté, mais il disait qu'il n'y pouvait plus rien.&lt;br/&gt;Tout le village le supplia de faire quelque chose parce que, entre les pleurs et les cris à fendre l'âme du jeune homme, indéboulonnable de la berge, et les coassements pitoyables et lugubres de la grenouille (vous avez déjà entendu les coassements pitoyables et lugubres d'une grenouille?, non?, tant mieux, c'est insoutenable!), le village ne pouvait plus dormir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et puis, ces deux êtres dépérissaient à vue d'œil, car ni l'un ni l'autre ne se nourrissaient.&lt;br/&gt;Leur vie était en jeu, il fallait d'urgence faire quelque chose.&lt;br/&gt;Le sorcier, pressé d'agir par tous les habitants, se grattait les quelques cheveux qui lui restaient sur la tête, se promenant de long en large autour de la mare.&lt;br/&gt;Il consultait constamment ses vieux grimoires, mais ne semblait pas trouver une solution.&lt;br/&gt;En fait, il n'en menait pas large, toute sa réputation était en jeu.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Finalement, il prit une décision.&lt;br/&gt;Il alla chercher sa zapette magique.&lt;br/&gt;Les villageois retinrent leur souffle.&lt;br/&gt;Le sorcier dirigea sa zapette vers le jeune homme, murmura une incantation magique et....&lt;br/&gt;le jeune homme disparut, et à sa place.... hélas, trois fois hélas!...&lt;br/&gt;A la place de l'amoureux transi, une magnifique agrion prit son envol et vint se poser près de la grenouille.&lt;br/&gt;Qui la goba!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un cri d'horreur retentit dans le village, et les habitants, fous de rage, poursuivirent le sorcier en le bourrant de coups de pieds, de pierre et de bâton, jusqu'à ce qu'il fut hors de vue du village.&lt;br/&gt;Et il ne l'avait pas volé, non?&lt;br/&gt;Ainsi finit la triste histoire de ce garnement qui n'avait tout de même pas mérité cette fin tragique.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et la grenouille me direz-vous?&lt;br/&gt;Vous savez, il n'y a rien qui ressemble plus à une grenouille verte qu'une autre grenouille verte, alors nous avons rapidement cessé de la distinguer parmi ses congénères.&lt;br/&gt;Et c'est heureux parce que nous aurions été définitivement privés de cuisses de grenouilles, et vous avouerez ç'a aurait été dommage!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pardon?&lt;br/&gt;Comment?&lt;br/&gt;Quelle morale?&lt;br/&gt;Il n'y en n'a aucune.&lt;br/&gt;Je vous ai simplement rapporté les événements dont j'ai été témoin.&lt;br/&gt;C'est tout.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ah! oui, je ne vous l'ai pas dit?&lt;br/&gt;Aujourd'hui, c'est moi le sorcier du village.&lt;br/&gt;Mais nous diront plutôt, le rebouteux. &lt;br/&gt;Je ne change les gens, ni en grenouille, ni en rien d'autre, je me contente de les redresser quand ils sont cassés à cause d'un tour de rein ou d'une entorse.&lt;br/&gt;Et ma zapette ne me sert qu'à changer les chaînes de ma télé.&lt;br/&gt;Banal, hein? &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Le Peintre</title>
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      <pubDate>Fri, 20 Mar 2009 17:21:55 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2009/3/20_Le_Peintre_files/PHILIPPE%20PEINTRE.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object001_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Amies lectrices, amis lecteurs, bonjour.&lt;br/&gt;Certains d‘entre vous vous, reconnaîtrons «Le Peintre» sur la photo.&lt;br/&gt;Mon mari, Philippe, ayant interprété, avec succès, le rôle du peintre Boudin lors d’un spectacle, il m’a aimablement permis d’utiliser son image pour illustrer ma Nouvelle.&lt;br/&gt;Toute autre ressemblance ne serait que le fruit d’un hasard  bien facétieux.)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans son atelier, le Peintre, assis devant sa toile, pleurait.&lt;br/&gt;Enfin... quand je dis pleurait, c'est quand même un peu fort, il ne faut rien exagérer non plus.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je recommence.&lt;br/&gt;Dans son atelier, le Peintre, assis devant sa toile, grognait, ronchonnait, se parlait tout seul, bref, il faisait preuve d'une agitation totalement inhabituelle... pour un peintre.&lt;br/&gt;Mais, était-il toujours un peintre? Lui-même en doutait fortement.&lt;br/&gt;Cette toile, la première depuis longtemps, très longtemps, lui résistait.&lt;br/&gt;Comme si, par son intermédiaire, elle se vengeait de son abandon, de sa si longue absence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le peintre avait été un Artiste connu et reconnu, il y avait longtemps.&lt;br/&gt;Mais un jour, allez savoir pourquoi, et lui-même le savait-il, il avait tout abandonné.&lt;br/&gt;Comme ça, sur un coup de tête.&lt;br/&gt;Il en avait eu assez de la peinture, des difficultés de la création, des doutes, des critiques, des expos, bref, il avait  brutalement, et volontairement, refermé cette porte sur lui-même.&lt;br/&gt;Pourtant ça marchait bien pour lui, mais il est des décisions qui ne demandent pas d'explication.&lt;br/&gt;C'est comme ça, et puis c'est tout!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La peinture ne lui avait pas manquée, il n'y pensait même plus, c'était une époque de sa vie qu'il avait complètement occultée.&lt;br/&gt;Et il avait été heureux comme ça.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et puis un jour, un copain, un peintre évidemment, lui avait lancé un défi.&lt;br/&gt;Au cours d'une soirée entre amis, tous plus ou moins artistes, peintres, sculpteurs, écrivains, comédiens, son meilleur copain lui avait dit tout de go:&lt;br/&gt;&amp;quot; C'est bien beau, mon vieux, de critiquer les copains, de trouver qu'ils n'évoluent pas, ou bien qu'ils régressent, mais toi?&lt;br/&gt;Voilà une quinzaine d'années que tu ne fais plus rien.&lt;br/&gt;Le néant!&lt;br/&gt;Tu ne t'en tirais pas mal, pourtant!&lt;br/&gt;Personne n'a compris pourquoi tu as brusquement tout arrêté.&lt;br/&gt;Je suppose que tu n'es même plus capable de faire un tableau, si tant est que tu saches encore ce qu'est un pinceau ou une brosse!&amp;quot;.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L'assistance s'était tue, brusquement en alerte.&lt;br/&gt;Un lourd silence remplaça le brouhaha sympathique qui régnait quelques secondes plus tôt.&lt;br/&gt;Y allait-il avoir un clash?&lt;br/&gt;Ces deux là passaient leur temps à se chamailler, c'était à qui asticoterait l'autre, le plus loin possible, sans méchanceté, mais souvent à la limite de la véritable engueulade.&lt;br/&gt;La plupart du temps, ces prises de bec se terminaient dans les rires, mais cette fois-ci, sans savoir pourquoi, les gens devinèrent qu'il y avait quelque chose de changé.&lt;br/&gt;Le copain du Peintre avait touché une corde sensible, que le Peintre lui-même n'avait plus fait vibrer depuis bien longtemps....&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Etait-il encore capable de peindre?&lt;br/&gt;Il ne s'était plus posé cette question depuis si longtemps que, pendant une fraction de secondes, il ne comprit pas le défi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis, les mots se mirent en ordre dans sa tête: &amp;quot;capable... capable.... de... peindre....?	Il se vit, assis devant une toile, pinceaux et peintures à côté de lui, dans son ancien atelier.&lt;br/&gt;Mais au fait, qu'était-il devenu son atelier?&lt;br/&gt;Après tout qu'importait?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il regarda alors son copain, et prononça ces mots, calmement:&lt;br/&gt;&amp;quot; Je ne sais pas si je suis encore capable de peindre... mais le meilleur moyen de le savoir c'est, et je pense que tu seras d'accord avec moi, que je peigne un tableau, ou, pour être plus juste, que j'essaie, de peindre un tableau.&lt;br/&gt;Qu'en penses-tu?&amp;quot;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L'autre le regarda, perplexe.&lt;br/&gt;Puis il sourit et lui dit:&amp;quot; Non seulement je suis d'accord, mais je suis certain que tu vas réussir.&lt;br/&gt;La peinture c'est comme la bicyclette, ça ne s'oublie pas! &amp;quot;.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L'assistance recommença à respirer, ouf! on avait échappé au clash!&lt;br/&gt;Et les conversations reprirent allègrement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le Peintre, lui, n'en menait pas large.&lt;br/&gt;Peindre de nouveau, après tant d'années..., c'était une folie!&lt;br/&gt;Il avait cessé de peindre parce qu'il n'en n'avait plus envie, tout simplement.&lt;br/&gt;Plus d'idées, plus d'envies, c'étaient des raisons bien suffisantes pour arrêter une activité qui ne lui donnait plus de satisfaction.&lt;br/&gt;Et voilà qu'il s'était fait prendre au piège.&lt;br/&gt;Il allait falloir qu'il le fasse, ce foutu tableau!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il était donc devant cette toile, blanche, aussi blanche que son cerveau était vide.&lt;br/&gt;Qu'est ce que je vais bien pouvoir peindre, non mais qu'est ce que je vais bien bien pouvoir peindre, se répétait-il, en boucle.&lt;br/&gt;Il regardait la toile, et la toile le regardait.&lt;br/&gt;Et tous les deux se faisaient la gueule.&lt;br/&gt;Le peintre parce qu'il n'avait pas d'idée, et la toile, parce qu'elle commençait à en avoir assez de voir ce benêt, assis devant elle, marmonnant des mots sans suite, immobile, et baillant aux corneilles.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Après un long moment, dans le silence de l'atelier, une sorte de murmure, d'abord indistinct se fit entendre.&lt;br/&gt;Mmm...tu.... pin... huil.... tabl...&lt;br/&gt;Le peintre ne réagit pas tout suite, perdu qu'il était dans ses pensées moroses.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais le son recommença, et cette fois-ci, le Peintre entendit distinctement:&lt;br/&gt;&amp;quot; Si tu crois que c'est en restant immobile, avec cet air niais, que tu vas réussir ton pari....&amp;quot;.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le Peintre sursauta, se leva d'un bond, regarda autour de lui, l'air complètement ahuri, et resta planté là, cloué sur place, immobile, avec l'air du poisson qui, après avoir fait un bond plus haut que d'habitude, se retrouve dans l'herbe, au lieu de son bassin, et ne comprend pas ce qui lui arrive.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -  Qui... qui... est là? demanda-t-il d'une voix mal assurée.&lt;br/&gt;  -  C'est moi, idiot.&lt;br/&gt;  -  Mais qui, moi?&lt;br/&gt;  -  Oh! mais, vraiment, quel imbécile tu fais! Qui y-a-t-il dans la pièce, à ton avis?&lt;br/&gt;  -  A part moi, personne, et ce n'est pas moi qui me parle à moi même, j'espère. Je ne suis pas pas fou que Diable!&lt;br/&gt;  -  Mais non, tu n'est pas fou. Regarde moi. A ton avis, qui te parle?... tu ne vois pas?... tu  n'imagines pas?&lt;br/&gt;Je vais t'aider un peu. Je ne suis pas un être humain. Je ne suis pas un animal. Je suis une chose....&lt;br/&gt;Tu ne trouves pas? Voyons, que vois-tu dans cette pièce, ? De quels objets es-tu entouré?&lt;br/&gt;  -  Non mais ça ne va pas, non? Un objet qui me parle!  Je parle avec un objet!!!! Je perd la tête. Cette histoire de tableau m'a tourneboulé le ciboulot, je débloque.&lt;br/&gt;  -  Mais non, tu ne perds pas la tête. Mais réfléchis donc un peu, non d'une pipe!&lt;br/&gt;Je suis... je suis... ta TOILE!!!... là... devant toi... sous ton nez!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le peintre, qui était resté debout pendant cette scène, ouvrit la bouche, écarquilla les yeux, et, complètement tétanisé, voulu s'asseoir.&lt;br/&gt;Ce qu'il fit... mais sans réfléchir, et surtout sans regarder où il posait ses fesses... et ce qui devait arriver, arriva: il s'étala de tout son long sur le sol, dans un bruit mou de fruit trop mûr.&lt;br/&gt;Plafff...!!!&lt;br/&gt;Sur le dos, les bras en croix, immobile, les yeux rivés au plafond, il ressemblait de plus en plus au poisson dont j'ai parlé plus haut.&lt;br/&gt;D'autant plus qu'il ouvrait et refermait la bouche, mais aucun son n'en sortait, tout à fait comme un poisson vous disais-je.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un grand rire moqueur retentit.&lt;br/&gt;  -  Mon pauvre vieux, ce que tu peux être bête! Allez, relève-toi, et causons.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le Peindre, tel un automate, se releva, chercha du regard son tabouret, et, lentement, en regardant sa toile, la tête penchée de côté, le regard en biais, se rassit, et resta immobile.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le silence dura un bon moment.&lt;br/&gt;Le Peintre regardait la Toile, qui regardait le Peintre.&lt;br/&gt;En somme, ils faisaient connaissance.&lt;br/&gt;Cela prit un bon moment, entrecoupé de soupirs, dont on ne pouvait dire s'ils émanaient du Peintre ou de sa Toile.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis la Toile reprit la parole:&lt;br/&gt;  -  Donc, te voilà pris au piège. Il va falloir que tu te remettes à la peinture, après si longtemps!&lt;br/&gt;Entre nous, je comprend ton angoisse, mais il ne faut rien exagérer non plus. Si tu te plantes, il n'y aura pas mort d'homme. &lt;br/&gt;Ta vanité sera chatouillée un moment, mais tu t'en remettras, et la terre ne s'arrêtera pas de tourner pour ça.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le Peintre, qui n'arrivait toujours pas à accepter de discuter avec ce morceau de chiffon tiré à quatre épingles et cloué sur un bout de bois, regardait cette toile avec l'envie, de plus en plus grandissante, de la sortir de l'atelier, et de la brûler le plus vite possible. &lt;br/&gt;Pour être tranquille.&lt;br/&gt;Sorcellerie, pensait-il!... Vade retro... Satanas!!!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans la vie courante il ne parlait pas le Latin, mais il est des circonstances où certains souvenirs d'enfance vous reviennent en mémoire, et, enfant, il adorait cette phrase, alors, évidemment, il ne s'en priva pas.&lt;br/&gt;Entre nous, il aurait eu tord de ne pas le faire, non?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il se demandait, et vous aussi peut-être, comment il en était arrivé à discuter avec une toile, vierge de surcroît.&lt;br/&gt;Il n'était pas alcoolique, ne se droguait pas, n'avait jamais eu de problèmes de dédoublement de la personnalité, bref, une vie très banale et tout à fait normale, jusqu'à cet instant.&lt;br/&gt;Il se prit la tête dans les mains, et, au bout d'un moment, il parla.&lt;br/&gt;  -  Je suppose... bien que tout cela semble bien réel... je veux dire... que toi, une toile, tu puisses me parler, et que moi, le Peintre, je puisse t'entendre et donc te répondre... je suppose donc que tout ceci n'est qu'un effet de mon imagination exacerbée, et inquiète de ne pas savoir comment m'y prendre pour exécuter ce tableau....&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La Toile, sursauta sur le chevalet!&lt;br/&gt;Oui, oui, elle se souleva brusquement de quelques centimètres, et le Peintre, qui n'avait pas besoin de ça pour se croire devenu fou, en fit autant, sans même s'en rendre compte.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -  Tu ne rêves pas, espèce d'idiot, mais si tu continues comme ça, ce soir je serai encore vierge, et toi encore un peu plus idiot... si c'est possible...&lt;br/&gt;  -  Oh! Dis-donc... toi! Tu n'as pas fini de m'insulter constamment?&lt;br/&gt;C'est déjà bien difficile d'accepter que tu me parles, mais si, en plus, tu me traites d'idiot toutes les cinq minutes, tu vas terminer ta carrière de toile avant de l'avoir commencée, c'est-à dire, au feu!!!&lt;br/&gt;  -  Bien... bien... tu te réveilles enfin, c'est pas trop tôt! Il faut battre le fer quand il est chaud, au travail, mon vieux!&lt;br/&gt;  -  Au travail... au travail... c'est bien joli ça... au travail...!&lt;br/&gt;Tu crois que c'est facile, toi, de peindre sans avoir une petite idée de ce que l'on veut peindre?&lt;br/&gt; -  Tu sais, il y-a des tas de peintres qui partent sans idées et qui s'en tirent très bien.&lt;br/&gt; -  Peut-être, mais moi, si je me suis arrêté, c'est parce que je n'avais plus d'idées, alors, je ne vais pas te commencer sans savoir où je vais t'emmener, c'est pas ma façon de travailler.&lt;br/&gt;  -  Fais comme tu veux, mon vieux, mais commence!&lt;br/&gt;COMMENCE, NON D'UNE PIPE!!!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le peintre, abasourdi, regarda la Toile.&lt;br/&gt;Puis, le regard dur, les mâchoires crispées sur un sourire mauvais, il s'approcha lentement d'elle.&lt;br/&gt;  -  Je sens, dit celle-ci, que tu vas faire une bêtise....&lt;br/&gt;Tu ferais mieux de chercher en quoi tu vas me transformer.&lt;br/&gt;Que veux-tu faire?&lt;br/&gt;Une nature morte?&lt;br/&gt;Un paysage?&lt;br/&gt;Un portrait?&lt;br/&gt;De l'abstrait?&lt;br/&gt;Décide toi...allez... tu traînes, tu traînes, dépêche-toi un peu, non d'un p'tit bonhomme!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le Peintre ouvrit la bouche, esquissa un geste... puis se ravisant, il se rassit, en silence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Au bout d'un moment, il se parla à lui-même, mais la Toile écoutait de toutes ses fibres de coton, tendue.&lt;br/&gt;  -  Cette histoire est complètement folle, il faut donc que je fasse quelque chose de complètement fou.&lt;br/&gt;Quelque chose que je n'ai encore jamais fait.&lt;br/&gt;Du non figuratif... oui, c'est ça, du non figuratif.&lt;br/&gt;Voilà, je vais faire quelque chose de fou, de rigolo mais fou, où chacun pourra y trouver ce qu'il veut. Une sorte d'auberge Espagnole de la peinture.&lt;br/&gt;Pas mal, non?&lt;br/&gt;Qu'en pense tu, la Toile?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un silence peu engageant lui répondit. &lt;br/&gt;(Si l'on peut dire, parce que... un silence... en général ça ne dit pas grand chose... et même, ça n'engage à rien... en principe, parce que, un silence peut aussi être... éloquent, ce qui laisse entendre qu'il dit beaucoup de choses... le silence!)&lt;br/&gt;Mais je m'égare...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis la Toile se gratta la gorge.&lt;br/&gt;Enfin, c'est l'impression que ressentit le Peintre, parce que, une toile qui se gratte la gorge, c'est pas courant, non,?&lt;br/&gt;Mais reconnaissons que nous ne sommes pas dans le courant, en ce moment, alors, pourquoi pas?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -  Du non figuratif, dis-tu? Oui... je veux bien... mais attention! pas n'importe quoi! je ne veux pas être recouverte de peinture, simplement parce que tu dois rendre une toile peinte!&lt;br/&gt;Il faut tout de même que ça représente quelque chose, que ce soit beau, que ça fasse plaisir à regarder.&lt;br/&gt;Je ne veux pas passer ma vie à entendre les gens se moquer de moi, ou, pire, à me trouver hideuse!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le Peintre, sans plus s'occuper de la Toile, se mit à chercher sa vieille boîte de peintures à l'huile, ses pinceaux, et tout ce qu'il fallait pour peindre, enfin.&lt;br/&gt;Il avait racheté quelques couleurs, mais ses anciens tubes, bien rebouchés, avaient traversés les années sans trop de dommages.&lt;br/&gt;A la rigueur, une allumette, parviendrait à dévisser un vieux bouchon récalcitrant. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La Toile, silencieuse enfin, regardait ces préparatifs avec beaucoup d'attention.&lt;br/&gt;Le Peintre, un crayon à la main, s'approcha de la Toile.&lt;br/&gt;Celle-ci eut un imperceptible mouvement de recul, vite arrêté par un coup d'œil sévère du Peintre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Allons-y, dit-il.&lt;br/&gt;Et d'un geste large, sans trembler, il traça de  grands coups de crayon sur la Toile, qui semblait trouver cela très agréable, et frétillait comme une chatte que l'on flatte, parce qu'elle a attrapé un mulot qu'elle vous apporte en guise de cadeau.&lt;br/&gt;  -  Tu vas arrêter de bouger non d'une pipe? lui dit-il, un pinceau entre les dents.&lt;br/&gt;  -  Non, non, c'est pas mal, tu es bien partit, ne t'arrêtes pas, je sens que tu vas très bien t'en sortir, ne fais pas attention à moi. Je bouge parce que tu me chatouilles, j'y peux rien, je suis très chatouilleuse.&lt;br/&gt;  -  C'est bien ma veine, dit le peintre. Je suis tombé sur une toile chatouilleuse! Mais au point où nous en sommes, plus rien ne m'étonne.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et le Peintre peint!&lt;br/&gt;Il prit son temps.&lt;br/&gt;Ce fut un beau duel, entre lui et sa Toile.&lt;br/&gt;Parce qu'elle ne se laissa pas faire, la bougresse.&lt;br/&gt;Elle donna son avis, et plutôt deux fois qu'une.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -  Tu ne vas pas mettre ce jaune citron ici! Ça va éteindre les autres couleurs. Tu ne te rends pas compte??? Enfin, un peu de jugeote, que diable! Ça n'est quand même pas à moi à t'apprendre à peindre!&lt;br/&gt;  -  Je ne te le fais pas dire!!! Alors, tu te tais, et tu me laisses faire maintenant. Sinon je vais perdre le fil de mon inspiration.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le silence (encore lui!), s'installa dans l'atelier.&lt;br/&gt;Seul, le bruit des pinceaux que le Peintre nettoyaient dans l'essence, se faisait entendre de temps en temps.&lt;br/&gt;Le Peintre, maintenant, avait l'air de prendre plaisir à ce qu'il faisait.&lt;br/&gt;Enfin, pas pendant bien longtemps.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un soir, en quittant l'atelier, il avait l'œil mauvais.&lt;br/&gt;Il bougonnait, regardait la Toile avec colère, faisait des gestes désordonnés, bref!, ça n'allait pas, il n'était pas content de son travail et ça se voyait!&lt;br/&gt;La Toile n'en menait pas large.&lt;br/&gt;Pour une fois, elle ne la ramenait pas.&lt;br/&gt;Elle tendait le dos, comme si elle prévoyait une catastrophe.&lt;br/&gt;Le Peintre sortit, et la Toile resta seule, pour la nuit.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le lendemain matin, de très bonne heure, le Peintre arriva à l'atelier, avec un air qui fit frémir la Toile.&lt;br/&gt;Et elle avait raison d'avoir peur.&lt;br/&gt;Le peintre prit un chiffon qu'il imbiba d'essence et s'approcha de la Toile, l'air fermement décidé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Celle-ci fit un écart tellement grand, qu'elle s'étala par terre, ce qui fit jurer très grossièrement le Peintre.&lt;br/&gt;  -  Ça suffit ta comédie, lui dit-il, en la replaçant sur le chevalet.&lt;br/&gt;  -  Mais que veux-tu faire, avec ce chiffon imbibé d'essence?&lt;br/&gt;  -  Ne t'inquiètes pas, pas, je ne vais pas t'enflammer. Non, je veux juste tout effacer, et recommencer autre chose. Ce que j'ai fait ne me plaît pas.&lt;br/&gt;  -  Tu es fou???? C'est très bien ce que tu as fait. Arrête de te torturer et continue ton travail, tu es sur la bonne voie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais le Peintre, sans se préoccuper des protestations de la Toile, appliqua le chiffon et frotta.. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La Toile rouspéta, cria au scandale, l'insulta, mais rien n'y fit, le Peintre continuait de frotter.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pourtant, au bout d'un moment, il s'arrêta, l'air stupide, les sourcils en points d'interrogations, les mains sur les hanches.&lt;br/&gt;La Toile, depuis quelques instants, rigolait doucement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -  Que se passe-t-il dit le Peintre? J'ai beau frotter, seule la peinture d'hier est partie. Tout le reste tient, et tient bien, pas moyen de l'effacer, je n'y comprend rien.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Eh! oui, dit la Toile, tu ne penses tout de même pas que je vais te laisser détruire tout ce que tu as fait depuis des jours, et même des semaines, simplement parce que tu as un moment de découragement?&lt;br/&gt;Tu as défait ce que tu as fait hier, soit, maintenant, au boulot.&lt;br/&gt;Tu vas y arriver. Ce que tu fais me plaît bien.&lt;br/&gt;Tes couleurs, ton dessin, tout ça se tient bien, vas-y, ne flanche pas maintenant, ce serait trop bête.&lt;br/&gt;Allez, ce sont les dernières longueurs, au travail !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et le Peintre termina sa Toile.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quand il la montra à ses amis, il n'était pas très à l'aise.&lt;br/&gt;Il craignait leur jugement.&lt;br/&gt;Mais, à sa grande surprise, ils se montrèrent très satisfaits de son travail, et tout le monde le félicita joyeusement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Personne ne remarqua que la Toile se dandinait doucement sur son chevalet.&lt;br/&gt;Elle semblait très fière d'elle même, et très contente des compliments que le peintre recevait.&lt;br/&gt;Celui-ci était aux anges.&lt;br/&gt;Toutes ces heures de souffrances, de doute, étaient effacées.&lt;br/&gt;Il avait réussi son pari, enfin!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Son copain, à l'origine de cette aventure, vint le voir pour le féliciter.&lt;br/&gt;  -  Bravo mon vieux! Sincèrement, je savais que tu y arriverais, sans quoi je ne t'aurais pas lancé ce défi. Mais tu l'as réussi au delà de mes espérances. Encore une fois, bravo!&lt;br/&gt;Mais, quel titre as-tu donné à ce tableau?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le peintre demeura un instant silencieux.&lt;br/&gt;Il n'avait même pas songé à donner un titre à son travail, et ne savait pas quoi répondre.&lt;br/&gt;Il dit à son copain: Reviens me voir dans quelques minutes, je te le dirai&amp;quot;.&lt;br/&gt;Si son copain fut intrigué, il ne le montra pas, et il se retira en silence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le peintre alors, regarda autour de lui pour s’assurer que personne ne le regardait, puis il se tourna vers la Toile et lui dit à voix basse:&lt;br/&gt;  -  Puisque tu as tellement participé à ce travail, et que tu as tellement fait ta maligne, à toi de jouer, maintenant! Comment veut-tu t'appeler?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La Toile resta silencieuse un moment, puis, la voix un peu chevrotante, elle dit: &amp;quot;Ça me touche beaucoup ce que tu me proposes, oui, vraiment beaucoup.&lt;br/&gt;Que penserais-tu de &amp;quot; Si je vous racontais, vous ne me croiriez pas&amp;quot; ?&lt;br/&gt;  -  Un peu long comme titre, non? Mais dans le fond, c'est vrai. Si je racontais cette histoire, on me prendrait pour un fou.&lt;br/&gt;Alors il vaut mieux que je ne dise rien.&lt;br/&gt;Ce titre me plaît beaucoup, merci, je le garde.&lt;br/&gt;La toile se trémoussa un peu, juste un peu, pour montrer qu'elle était contente.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le Peintre alla trouver son copain et lui révéla le titre de son tableau.&lt;br/&gt;L'étrangeté du titre ne sembla pas l'émouvoir, et même, il proposa d'acheter la Toile.&lt;br/&gt;Mais le peintre refusa.&lt;br/&gt; Est ce que l'on vend son âme?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il repartit donc chez lui, sa Toile sous le bras, heureux.&lt;br/&gt;La toile aussi était heureuse. Elle n'aurait pas supporté de vivre ailleurs que chez son Peintre.&lt;br/&gt;Et puis, si le Peintre avait un jour l'envie de peindre de nouveau, qui sait, l'aventure recommencerait peut-être, avec une autre Toile?&lt;br/&gt;Qui sait?......&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Ophélie</title>
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      <pubDate>Fri, 6 Feb 2009 15:50:00 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2009/2/6_Oph%C3%A9lie_files/OPHELIE.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object000_3.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ophélie courait sous la pluie.&lt;br/&gt;Elle ne courait pas, elle traversait la pluie, elle était, la pluie.&lt;br/&gt;La pluie qui tombait drue, à grosses gouttes, bruyantes, froides.&lt;br/&gt;Ophélie ne baissait pas la tête, au contraire, elle courait la tête haute, droite, comme si elle défiait cette pluie, comme si elle la narguait, l’affrontait, avec la certitude de la vaincre.&lt;br/&gt;Mais ce n’était pas le cas, hélas!&lt;br/&gt;Ophélie n’en n’avait cure, mais en fait, elle était morte, noyée sous ces trombes d’eau qui la pénétraient toute, chaque parcelle de son corps, extérieur et intérieur.&lt;br/&gt;Ses longs cheveux noirs, qui lui donnaient en temps normal cette impression sauvage qui étonnait tous ceux qui l’approchaient pour la première fois, ses longs cheveux tombaient sur son visage, comme des algues pitoyables, désordonnées, mouvantes, envahissantes, et l’on pouvait croire, a les voir ainsi, qu’ils étaient vivants, et maléfiques.&lt;br/&gt;Mais elle ne semblait pas s’apercevoir du triste spectacle qu’elle donnait à voir aux rares passants qui se pressaient de rentrer chez eux par ce temps épouvantable.&lt;br/&gt;Son visage, halluciné, semblait voir au delà du réel, des choses épouvantables.&lt;br/&gt;Ses yeux, bleu délavé, mouillés, par la pluie ou par les larmes, on ne pouvait le dire, imploraient, mais quoi, le savait-elle, elle même?&lt;br/&gt;Elle bredouillait des paroles, incompréhensibles: « parti... Tristan... oh! oh!... douleur... mon amour.... fini... Tristan... mort...Oh! Dieu!... pourquoi?... mal... si mal...»&lt;br/&gt;Et ainsi de suite. &lt;br/&gt;Une litanie de mots, sans suite, mais pas sans raison, quand on connaît son histoire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ophélie était une très jolie jeune fille de dix huit ans.&lt;br/&gt;Comme je l’ai dit plus haut, sa magnifique chevelure noire lui donnait cet air de princesse Indienne, farouche, sauvage, qui contrastait d’une manière étrange, avec son visage d’une douceur angélique.&lt;br/&gt;Ses yeux bleus, presque blancs, comme un ciel d’été, quand la chaleur est tellement forte que la nature entière semble attendre que le soleil ait terminé sa course pour reprendre un peu vie, ses yeux étaient admirables.&lt;br/&gt;Quand on la regardait, inconsciemment, irrésistiblement, on était attiré par ces deux diamants bleus qui brillaient d’intelligence et de bonté.&lt;br/&gt;ils donnaient envie de plonger dans cet infini, comme un espoir d’y trouver, enfin, toutes les réponses que l’on pouvait se poser, sur soi-même, ou sur l’origine du monde.&lt;br/&gt;Son nez, parfait, légèrement retroussé, ajoutait une pointe de malice à ce visage si étrange.&lt;br/&gt;Quand à sa bouche!&lt;br/&gt;C’était la promesse, si l’on avait la chance de pouvoir y goûter, de délices sans pareils, inconnus jusqu’alors, du commun des mortels.&lt;br/&gt;Sa peau, blanche, porcelaine, contrastait fortement avec le noir de jais de ses cheveux, accentuant encore l’originalité de son visage.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cette jeune fille, vous l’avez compris, était exceptionnelle.&lt;br/&gt;Un corps de sylphide ajoutait à la perfection du visage.&lt;br/&gt;Une voix, qui semblait venir du ciel, avec une étrange impression de résonance, vous transportait bien au-delà de la réalité, dans des contrées éloignées, insoupçonnées, réservées aux Dieux seuls.&lt;br/&gt;Les gens qui la voyaient, qui l'écoutaient, tombaient irrémédiablement sous son charme étrange et ne pouvaient plus l’oublier.&lt;br/&gt;Elle semblait avoir été créée pour le bonheur, le sien, et celui de ceux et celles qui avaient la chance de l’approcher.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Las!&lt;br/&gt;Ça n’était malheureusement pas le cas.&lt;br/&gt;Cette délicieuse jeune fille, sur qui le ciel et les fées semblaient s’être penchés sur le berceau, avait eu, en amour, une malchance incroyable.&lt;br/&gt;A croire que le sort s'acharnait sur elle, comme s'il regrettait de lui avoir accordé tant de dons et de qualités.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le premier garçon qu’elle aima s'appelait Alexis.&lt;br/&gt;Un jeune homme magnifique, très gentil, du moins en donnant l'impression, car, très vite, son masque tomba et Ophélie se rendit compte que ce garçon, n'avait aucune valeur humaine et qu’il se moquait d’elle.&lt;br/&gt;Ophélie n'était pour lui qu'une façon de se faire valoir auprès de ses copains, une bande de jeunes gens pas meilleurs que lui.&lt;br/&gt;Il avait ainsi sur eux, l'avantage de sortir avec la plus belle fille du village, et cela suffisait à ses yeux.&lt;br/&gt;Personne ne pouvait dire avec certitude, s'il avait fait le pari avec ses copains de sortir avec Ophélie, mais cela n'aurait surpris personne que ce soit vrai.&lt;br/&gt;Pas d'amour dans cette aventure, et Ophélie en avait beaucoup souffert.&lt;br/&gt;Pour elle c'était son premier amour, et elle y croyait très fort, comme toute jeune fille dans ces circonstances.&lt;br/&gt;Heureusement, cela n'avait pas duré trop longtemps et Ophélie s'en était, finalement, bien remise. &lt;br/&gt;Avaient suivies quelques petites amourettes sans conséquence, qui n'étaient, pour chacun des deux partenaires, qu'une façon agréable d'apprendre la vie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et puis, ce fut Tristan.&lt;br/&gt;Aussi blond qu'Ophélie était brune.&lt;br/&gt;Un peu plus grand qu'elle, aussi beau qu'elle.&lt;br/&gt;Le couple qu'ils formaient laissaient bouche bée tous les gens qui les rencontraient.&lt;br/&gt;Tristan, au contraire d'Ophélie, évoquait la lumière.&lt;br/&gt;Ses cheveux blonds cuivrés, qu'il portait longs sur les épaules, évoquaient sans conteste un magnifique champ de blé.&lt;br/&gt;Même si cette évocation semble un lieu commun, on ne pouvait éviter d'y penser en le regardant.&lt;br/&gt;Ses yeux, bleus également, étaient très différents de ceux d'Ophélie.&lt;br/&gt;Autant les yeux d'Ophélie étaient clairs, autant ceux de Tristan étaient profonds, d'un bleu outremer, évoquant les horizons lointains.&lt;br/&gt;Quand ses yeux plongeaient dans les vôtres, vous aviez l'impression de devenir le centre du monde, tant il y avait de gentillesse et de générosité dans son regard.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ces deux là étaient fait pour se rencontrer, et pour s'aimer.&lt;br/&gt;C'est pourquoi personne ne fut étonné quand il fut évident qu'ils s'aimaient à la folie.&lt;br/&gt;A la folie, c'est bien cela qui gâcha irrémédiablement leur histoire.&lt;br/&gt;Ce n'était pas leur folie, bien sûr, mais celle du garçon qui, depuis si longtemps, était le compagnon de jeux d’Ophélie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un garçon qui n'avait pas eu de chance dans la vie, depuis sa naissance. &lt;br/&gt;Il s’appelait Claudion.&lt;br/&gt;Il était issu d'une famille de malheureux, mère et père alcooliques, une ribambelle de frères et sœurs, qui tous, par un hasard miraculeux, avaient échappés à cette espèce de malédiction qui pesait sur leurs parents, et s’étaient assez bien sortis du handicap de leur naissance dans ce milieu défavorisé.&lt;br/&gt;Tous sauf Claudion, qui lui, n’avait pas eu cette chance.&lt;br/&gt;Il n'était ni laid ni difforme, il était même assez joli garçon et agréable à regarder.&lt;br/&gt;Seul, son regard était troublant, comme s’il ne pouvait pas vous fixer longtemps dans les yeux.&lt;br/&gt;Si vous insistiez, il était très vite mal à l’aise, il se dandinait lourdement en marmonnant des mots incompréhensibles, et il valait mieux arrêter l'expérience, sous peine de le voir piquer une crise violente, toujours dirigée contre lui-même.&lt;br/&gt;Il aurait pu se mutiler si on ne l’avait calmé, ce qu’Ophélie réussissait toujours.&lt;br/&gt;Son intelligence s’était arrêtée vers l’âge de six ans, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans le village, on l’appelait “Le Prince”.&lt;br/&gt;Cette idée était venue au pharmacien, un jour, où, entendant Claudion appeler la petite Ophélie, Ma Princesse, l’homme, en référence à “L’Idiot” de Dostoïevski , se dit que c’était plus gentil que “l’Idiot du village”, comme il était coutume d’appeler ces pauvres enfants, déshérités par le sort.&lt;br/&gt;A partir de ce jour, tout le monde l’appela “Le Prince”, sauf Ophélie qui continua à l’appeler Claudion, ce qui semblait lui faire très plaisir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Claudion n'était pas méchant, mais il ne fallait tout de même pas l'exciter trop longtemps, ce que ne manquaient pas de faire les garnements du village.&lt;br/&gt;Sans vraiment de méchanceté d'ailleurs, et Claudion ne leur en voulait pas.&lt;br/&gt;Dans le fond, il était heureux que les enfants s'intéressent à lui, même si c'était pour le chahuter.&lt;br/&gt;Claudion supportait leurs sarcasmes et leurs lazzis, parce que, dans sa tête et dans son cœur, il y avait Ophélie.&lt;br/&gt;Et cela depuis longtemps.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Claudion avait 22 ans.&lt;br/&gt;Les deux familles étaient voisines.&lt;br/&gt;Il avait quatre ans à la naissance d’Ophélie, et très rapidement, il s'était pris d'une immense affection pour le bébé.&lt;br/&gt;Quand la maman promenait la petite, Claudion apparaissait presque immédiatement, comme s'il les avaient guettées, et il les accompagnaient toutes les deux, en veillant farouchement sur le landau.&lt;br/&gt;La maman d'Ophélie, qui était veuve, contrairement à ce que lui conseillaient les gens du village, ne chassait pas Claudion, au contraire, elle lui parlait du bébé, de ses progrès, et même, elle lui confiait le landau quand elle entrait dans un magasin.&lt;br/&gt;Personne, alors, ne pouvait s'approcher d'eux.&lt;br/&gt;Claudion était un véritable ange gardien pour Ophélie, un peu agressif, si les passants se faisaient un peu trop curieux, mais jamais il ne fit de mal à personne.&lt;br/&gt;Il se contentait d'avoir une attitude défensive et cela suffisait.&lt;br/&gt;Il fallait voir son air fier et heureux quand il disait aux curieux qui s’extasiait sur la beauté du bébé: “Ma sœur... c’est ma sœur!”.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis, quand Ophélie grandit, tout naturellement, elle s'habitua à Claudion, et il devint son compagnon de jeux et son défenseur.&lt;br/&gt;Elle l'aimait bien, et le défendait à son tour quand on se moquait de lui ou qu’on l’ennuyait.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Lors de sa première aventure amoureuse, on aurait dit que seul Claudion avait su juger le caractère du jeune homme.&lt;br/&gt;Il lui manifesta immédiatement une hostilité évidente, mais jamais agressive.&lt;br/&gt;Aussi, quand l’aventure se termina, il consola Ophélie du mieux qu’il put, et lui fut d’un grand réconfort.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les autres flirts d’Ophélie ne le génèrent pas outre mesure.&lt;br/&gt;On ne sait pas comment il faisait pour juger les gens, mais il ne se trompait pas souvent.&lt;br/&gt;Tant qu’il sentait que son statut auprès d’Ophélie ne souffrirait pas de ses nouvelles aventures, il ne bougeait pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Hélas, il n’en fut pas de même avec Tristan.&lt;br/&gt;Claudion et lui se connaissaient, bien que Tristan ne fut pas du village.&lt;br/&gt;Ils s’aimaient bien également, ils avaient joué ensemble, étant pratiquement du même âge.&lt;br/&gt;Tristan, de même qu’Ophélie, avait toujours pris la défense de Claudion, et une véritable affection les unissaient.&lt;br/&gt;Tant que Tristan et Ophélie ne furent que des compagnons de jeu sans conséquence, tout se passa bien.&lt;br/&gt;Mais, petit à petit, l’amitié des deux jeunes gens évolua, et le premier à s’en rendre compte fut Claudion.&lt;br/&gt;Son attitude changea alors radicalement.&lt;br/&gt;Il devint nerveux, turbulent, ses gestes, lents autrefois, étaient brusques, il parlait tout seul.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Devant Ophélie et Tristan il parvenait à se dominer.&lt;br/&gt;Il restait à côté d’eux, les écoutant, les suivant comme un petit chien, toujours prêt à leur rendre service, mais il arborait un regard de chien battu qui faisait peine à voir.&lt;br/&gt;Tristan et Ophélie avaient évidement constaté ce changement et s’en désolaient.&lt;br/&gt;Ils avaient beau être très attentionnés et affectueux envers lui, rien ne semblait pouvoir apaiser le trouble qui l’avait envahi.&lt;br/&gt;Néanmoins, ils étaient toujours tous les trois ensemble, sauf quand Ophélie demandait à Claudion de les laisser seuls, ce qu’il se résignait à faire, à contre cœur, mais, jamais, il n’avait désobéi à un ordre d’Ophélie, quoi qu’il lui en coûte.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis vinrent les vacances d’été.&lt;br/&gt;Ophélie n’était pas souvent partie en vacances.&lt;br/&gt;On avait tout dans le village, la mer tout près, avec ses falaises, les montagnes, le ski, pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on avait sur place?&lt;br/&gt;Mais cette fois-ci, les amoureux décidèrent de partir quinze jours au Maroc.&lt;br/&gt;Ils avaient besoin d’être seuls, et la présence constante de Claudion, devenant un peu encombrante, ils souhaitaient un peu d’intimité.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Claudion ne réagit pas quand Ophélie lui annonça leur départ.&lt;br/&gt;Elle lui expliqua très calmement, qu’ils allaient revenir dans quinze jours, et que la vie reprendrait comme avant.&lt;br/&gt;Il se contenta de la regarder, pour la première fois, dans les yeux, sans détourner la tête, chose impensable jusque là.&lt;br/&gt;Puis, sans dire un mot, il s’en alla.&lt;br/&gt;Le jour de leur départ il resta introuvable. &lt;br/&gt;Ophélie et Tristan eurent beau l'appeler longtemps, il ne se manifesta pas, et ils durent partir, tristement, sans lui dire au revoir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pendant toute leur absence il se conduisit comme si de rien n’était, se promenant, comme à son habitude, à travers le village, sans jamais manifester le moins du monde sa souffrance.&lt;br/&gt;Et pourtant il souffrait. Un sentiment d’abandon, de trahison s’était emparé de lui.&lt;br/&gt;Ses deux amis, ses seuls amis, étaient partis et l’avaient abandonné là, sans raison.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quand ils revinrent, Claudion avait changé.&lt;br/&gt;S’il était toujours le même avec Ophélie, il devint hostile envers Tristan.&lt;br/&gt;Sans jamais être menaçant, il avait des gestes brusques envers lui, se faufilant entre eux deux, au moment où ils s’y attendaient le moins, sans tenir compte de leur mécontentement, et regardant Tristan avec un air de défi qu’on ne lui avait jamais vu auparavant.&lt;br/&gt;Quand ils le rabrouaient il n’insistait pas et repartait, tête base, en marmonnant.&lt;br/&gt;Cette attitude dura quelques semaines, puis, petit à petit, Claudion retrouva son calme et sembla redevenir lui-même.&lt;br/&gt;Je dis bien, sembla, parce que la suite des événements prouva que ce n’était malheureusement pas le cas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour essayer de distraire Claudion, Ophélie proposa à Tristan de faire une petite ballade en barque.&lt;br/&gt;Claudion manifesta sa joie à cette idée en sautant un peu partout, comme un jeune chien fou, redevenant le joyeux compagnon qu’il était auparavant.&lt;br/&gt;Ophélie et Tristan, heureux de le voir aussi joyeux, décidèrent que la sortie se ferait le lendemain.&lt;br/&gt;Le matin, le temps était idéal: soleil, ciel bleu, pas un nuage, mer d’huile, tout était en place pour une belle journée et une joyeuse promenade en mer.&lt;br/&gt;Quand ils partirent, rien n’aurait pu laisser prévoir ce qui allait se passer.&lt;br/&gt;D’ailleurs, personne ne sut vraiment, réellement, ce qui arriva.&lt;br/&gt;Vers cinq heures de l'après-midi, la barque revint, avec à son bord, Claudion et Ophélie.&lt;br/&gt;Tristan avait disparu.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;On s’empressa autour d’eux, mais ils ne dirent pas un mot, n’expliquèrent pas ce qui s’était passé, chacun d’eux, murés dans un silence désespéré.&lt;br/&gt;Ophélie, les yeux hagards, semblait absente, on devinait la folie qui s’annonçait.&lt;br/&gt;Elle ne pleurait pas, comme si elle avait versé, en mer, toutes les larmes dont elle disposait.&lt;br/&gt;Claudion avait un air bizarre, entre culpabilité et arrogance.&lt;br/&gt;On ne l’avait jamais vu comme ça.&lt;br/&gt;Il parlait tout seul, énervé, agressif, dès qu’on le regardait d’un peu près il devenait menaçant.&lt;br/&gt;On dit même qu’il se bagarra avec plusieurs hommes, ce qui ne lui était jamais arrivé, lui si gentil, si patient d’habitude.&lt;br/&gt;On avait l’impression qu’il cherchait à se faire tuer en provoquant violemment des adversaires beaucoup plus forts que lui.&lt;br/&gt;Mais les gens le connaissaient bien et ne lui voulaient aucun mal, aussi se contentaient-ils de le mettre hors d’état de nuire, surtout envers lui-même.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Plusieurs jours passèrent ainsi sans que Claudion et Ophélie ne se revoient.&lt;br/&gt;Personne ne réussit à faire parler l’un ou l’autre, mais bientôt, une rumeur circula.&lt;br/&gt;Claudion, dans un mouvement de jalousie, aurait poussé Tristan à l’eau, et, malgré les cris et les tentatives d’Ophélie pour l’aider à remonter dans la barque, il l’en aurait empêché, retenant également Ophélie qui voulait rejoindre Tristan dans l’eau.&lt;br/&gt;Une fois Tristan disparu, Ophélie s’était évanouie, et Claudion avait ramé pendant des heures, avant de se décider à rentrer.&lt;br/&gt;Comment pouvait-on savoir tout ça?&lt;br/&gt;C’est simple, Ophélie, avait sombré dans une sorte de coma agité, et de temps en temps, elle délirait. Sa pauvre mère avait ainsi pu reconstituer, à peu près, ce qui s’était passé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Claudion allait tous les jours sonner chez la mère d’Ophélie, mais celle-ci, bien sûr, ne le laissait pas entrer.&lt;br/&gt;Il n’insistait pas, mais revenait le lendemain matin, et tous les jours suivants.&lt;br/&gt;Les gens essayaient bien de lui faire comprendre qu’il devait cesser d’ennuyer Ophélie et sa mère, mais si l’on insistait il lui arrivait de frapper son interlocuteur, Même les femmes n’étaient pas à l’abri de son agressivité.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis, Ophélie sortit de son état de prostration et la vie semblait petit à petit, reprendre son cours.&lt;br/&gt;Claudion n’avait pas été inquiété car ni Ophélie, ni sa mère n’avaient porté plainte.&lt;br/&gt;L'enquête des gendarmes, rapide, avait conclu à un accident, malgré la rumeur.&lt;br/&gt;En fait, ils attendaient que la santé d’Ophélie soit rétablie pour l’interroger plus sérieusement.&lt;br/&gt;En l’état actuel, le simple fait de prononcer le nom de Tristan, la plongeait dans des crise de larmes et de délires incoercibles, que sa mère avait de plus en plus de mal à calmer.&lt;br/&gt;Les parents de Tristan, vivant à l’étranger, n’avaient pas encore pu venir au village.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ophélie ne supportait plus la présence de Claudion, mais celui-ci, qui ne pouvait se passer de la voir, restait à proximité de la jeune fille, discrètement, assez &lt;br/&gt;loin d’elle pour qu’elle ne puisse soupçonner sa présence, mais assez près pour, en cas de problème, pouvoir lui porter secours rapidement.&lt;br/&gt;On disait qu’Ophélie avait perdu la raison, et personne ne s’en étonnait après ce drame.&lt;br/&gt;Mais personne, jamais personne, n’aurait seulement imaginé comment se terminerait cette triste histoire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Nous avons laissé Ophélie, courant sous la pluie, éperdue, ne se souciant pas du mauvais temps, ni de sa tenue légère, qui était celle du jour du naufrage.&lt;br/&gt;Elle n’avait pas remarqué que Claudion la suivait, mais, comme toujours, il ne la quittait pas d’une semelle.&lt;br/&gt;Elle se dirigeait tout droit vers les falaises, à quelques centaines de mètres de sa maison.&lt;br/&gt;Plus elle approchait du bord, plus elle semblait apaisée, heureuse, elle riait, comme si elle savait que le dénouement était proche. &lt;br/&gt;La mer, en furie, semblait en attente de ce qui allait se passer.&lt;br/&gt;Les vagues, en se brisant sur les rochers, semblaient se figer un instant, avant de retomber, en écume rugissante.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle courait à présent, et l’on entendait distinctement ce qu’elle criait, d’un ton joyeux: “Tristan, mon amour, me voilà, j’arrive, je viens!”.&lt;br/&gt;Quand elle arriva au bord de la falaise, elle n’eut pas un instant d’hésitation, elle sauta dans le vide, les bras en croix, en criant le nom de son amour: Tristan!&lt;br/&gt;Un instant, on aurait dit qu’elle s’envolait, tel un oiseau, puis elle disparut dans le vide, silencieuse, à jamais.&lt;br/&gt;Un horrible cri répondit à son appel, et Claudion, qui la suivait, sauta à son tour dans le vide en hurlant: Ophélie!&lt;br/&gt;Les trois amis étaient ainsi, pour toujours, réunis dans la mort, dans le même lit, bordé par l’écume de la mer.&lt;br/&gt;On ne retrouva jamais leurs corps.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De temps en temps, par nuits de grande tempête, certains, qui se seraient aventurés sur le bord de la falaise, croient voir dans les vagues furieuses, trois corps qui dansent au dessus des flots, et entendre des rires et des chants; et ceux dont l'ouïe, ou l’imagination est plus développée, entendent nettement trois noms, qui s'appellent et se répondent: Ophélie... Tristan... Claudion...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Comment je connais cette histoire, moi qui ne suis pas du village?&lt;br/&gt;C’est un vieux du pays qui me l’a racontée, un jour où je lui demandais pourquoi cette plage s’appelait la “Plage des trois défunts”.&lt;br/&gt;Ne cherchez pas ce village, ne cherchez pas cette plage, peut-être que cette histoire n’est qu’une légende, peut-être pas, mais faut-il toujours connaître la vérité?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Remue-méninges ! </title>
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      <pubDate>Thu, 15 Jan 2009 22:06:22 +0100</pubDate>
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Les cinéphiles apprécieront… ou pas…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Donc, nous avons traversé l’atmosphère, (je me retiens… je me retiens….)… nous voyons les océans, la terre… plus près, plus près…. encore un peu…&lt;br/&gt;… La France… voilà, nous arrivons… encore un effort… je vois … je vois… tiens !… la Tour Eiffel ?… Oui…. Encore un peu… rue de Vaugirard … le 185 rue de Vaugirard….&lt;br/&gt;Oh !, pardon, c’est pas là que nous devons aller, ici c’est l’immeuble où nous habitions avec mes parents, et cet endroit n’a rien à voir avec cette histoire.&lt;br/&gt;Allez hop !… Machine arrière, en avant toute !!!! Virage sur l’aile (l’aile de l’Ange, évidemment ! Je sens que je vais en agacer plus d’un, je le sens... je le sens, mais tant pis, les rieurs seront de mon côté… Du moins je l’espère !).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Remontons un peu maintenant.&lt;br/&gt;Le GPS ne semble pas fiable, pourtant il est bien programmé.&lt;br/&gt;Ces machines, toutes les mêmes, c’est quand on a besoin d’elles qu’elles nous lâchent.&lt;br/&gt;Donc, volons encore un peu… doucement… là, nous arrivons… cette petite maison, dans la campagne.&lt;br/&gt;Je ne vais pas dire le nom de ce village, pas folle, je n’ai pas envie de me mettre à dos toute la population, et d’être accusée de diffamation, au cas ou.&lt;br/&gt;Zoom avant… prairie…. pleine d’eau, c’est l’hiver, il fait froid, il pleut… zoom… petite maison (dans la prairie, of Corse !!!!) … plus près… j’ai dit plus près non d’une pipe !&lt;br/&gt;... Voilà, nous y sommes !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est à l’Ange de jouer maintenant… La narratrice s’efface et lui laisse la place.&lt;br/&gt;À toi, l’Ange !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Merci. &lt;br/&gt;Bonjour, je suis l’Ange. et c’est à moi.&lt;br/&gt;Donc, comme le disait la narratrice, je regarde la terre.&lt;br/&gt;Un point précis, une petite maison.&lt;br/&gt;Avec mon œil d’Ange, je suis capable de traverser les murs, et je peux donc voir tout ce qui se passe à l’intérieur des maisons.&lt;br/&gt;Pas besoin de mouchards, de micros, et toutes ces sortes de choses ; juste un coup d’œil, et hop ! Je vois tout ! &lt;br/&gt;Pratique !&lt;br/&gt;Et j’en ai vu des choses !!! Mais c’est une autre histoire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Revenons à nos moutons, c’est-a-dire à cette petite maison.&lt;br/&gt;Et dans cette maison, il y a la chipie sur qui je suis chargé de veiller.&lt;br/&gt;Je dirais plutôt chargé de la surveiller.&lt;br/&gt;Parce qu’elle m’en fait voir de toutes les couleurs, la donzelle…une vraie garce !&lt;br/&gt;J’avais bien dit au Très Haut, que je ne voulais pas me charger de cette gamine.&lt;br/&gt;J’avais compris, avant sa naissance, qu’elle était déjà, une petite vicieuse.&lt;br/&gt;Pourquoi ?…  Comment je le savais?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Que diriez-vous d’un bébé, bien au chaud dans l’utérus de sa maman, tout à fait normal, complètement terminé, bien positionné, la tête dans le bons sens, déjà bien dodu... qui tout à coup décide de ne plus vouloir sortir ?&lt;br/&gt;Mademoiselle ne se trouvait pas complètement finie !!!!&lt;br/&gt;Les cheveux trop courts, les ongles pas assez roses, un peu de cellulite sur les fesses, pas de dents !!!&lt;br/&gt;Alors, ça, les dents, ce fut toute une histoire.&lt;br/&gt;Elle voulait avoir toutes ses dents à la naissance !!! Non mais, vous avez déjà vu ça, vous ?&lt;br/&gt;Un bébé, ça vient au monde sans dent, et cela depuis…. Depuis très longtemps…&lt;br/&gt;Et c’est normal ; pensez aux pauvres mamans, donnant le sein à un bébé dont la bouche est pleine de dents !&lt;br/&gt;Hein ?&lt;br/&gt;Je vois d’ici l’expression horrifiée de toutes les mamans qui me lisent.&lt;br/&gt;Ce serait un carnage, tout simplement. Du Michael Crichton ! &lt;br/&gt;Je n’ose même pas y penser.&lt;br/&gt;Il a fallu que le Très Haut discute un bon moment avec elle, mais ça n’a pas été simple.&lt;br/&gt;Elle n’était déjà pas facile la gamine.&lt;br/&gt;Le Très haut a dû transiger, et elle est née avec deux tresses, aussi longues que son petit corps !!!&lt;br/&gt;Quoi ?… Rien à voir avec les dents? &lt;br/&gt;J’en conviens, mais c’était ça, ou elle restait ad vitam aeternam dans le ventre de sa pauvre maman.&lt;br/&gt;Et qui a fait les tresses ?… Devinez ?&lt;br/&gt;C’est Bibi, oui !&lt;br/&gt;Et je ne vous raconte pas comment ça s’est passé, c’était insupportable !&lt;br/&gt;Elle bougeait tout le temps, elle criait, disant que je faisais exprès de lui arracher les cheveux.&lt;br/&gt;Vous imaginez l’espace restreint dans l’utérus ? Se battre contre une furie là-dedans !!! C’était l’Enfer !!!&lt;br/&gt;Oh ! Pardon Seigneur, ça m’a échappé ! &lt;br/&gt;J’en suis encore tout retourné.&lt;br/&gt;D’ailleurs j’y ai laissé des plumes, au grand étonnement du médecin accoucheur qui se demande encore comment un bébé peut venir au monde avec une touffe de plumes dans la main.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais ça n’était pas fini.&lt;br/&gt;Quand elle est sortie, enfin, (pauvre maman, comme on dit vulgairement, elle a du la sentir passer la gamine!), elle ne voulait plus lâcher le cordon !&lt;br/&gt;Elle avait fait toute une série de nœuds, et elle le tenait dans la main, une vraie furie !&lt;br/&gt;Une touffe de plumes dans une main, le cordon dans l’autre, deux grandes tresses, vous voyez le tableau?&lt;br/&gt;Le gynéco a dû se battre avec elle pour dénouer la pelote et couper, enfin, ce fameux cordon.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous comprenez ma réticence à m’occuper, pendant toute sa vie, d’une garce pareille !&lt;br/&gt;Et bien le Très Haut n’a tenu aucun compte de mes récriminations.&lt;br/&gt;Il m’a dit que si ce n’était pas moi, ce serait un autre, et que donc, pourquoi ce ne serait pas moi ?&lt;br/&gt;De quel droit, je voulais choisir mon nouveau job ?&lt;br/&gt;Que je n’étais qu’un intérimaire comme tous les autres, qu’il y avait une place qui s’offrait, et que je n’avais qu’à dire oui, sinon c’était l’ACRAM.&lt;br/&gt;Point barre!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quoi ?… &lt;br/&gt;Comment qu’est ce que ça veut dire ?&lt;br/&gt;C’est pourtant simple : ACRAM: Association Céleste de Recrutement des Anges sans Mission.&lt;br/&gt;Ben, oui, il faut vous dire qu’ici aussi c’est pas la joie, c’est la crise, mais pas comme chez vous.&lt;br/&gt;Ici il y a trop de boulot, pour pas assez d’employés.&lt;br/&gt;De plus en plus  de boulot, pour de moins en moins d’employés.&lt;br/&gt;Ben oui… vous le savez bien… les Anges… ? Ne me forcez pas à le dire quand même, c’est pas drôle.&lt;br/&gt;Bon.... Nous, les Anges, nous n’avons pas de sexe, alors, comment on se reproduit ? Hein ?... Hein ?...&lt;br/&gt;Par l’opération du Saint Esprit ?…&lt;br/&gt;Il y a longtemps qu’il n’exerce plus celui-là, depuis… en fait… depuis qu’on a mis en doute son intervention dans l’histoire de la Vierge Marie.&lt;br/&gt;Il s’est vexé, et a juré qu’on ne l’y reprendrait plus.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Donc, on ne se reproduit pas, voilà le problème.&lt;br/&gt;Et pendant ce temps-là, vous, qu’est ce que vous faites ?&lt;br/&gt;Hein ? … hein ?…&lt;br/&gt;Vous suivez les conseils du Très Haut «  Croîssez et multipliez vous», qu’il a dit !&lt;br/&gt;Ça, vous avez crû et vous vous êtes multipliés, rapidement.&lt;br/&gt;Sur multipliés même !&lt;br/&gt;Au point que nous ne pouvons plus vous suivre.&lt;br/&gt;Bien sûr, vous remédiez en partie à ces problèmes par vous mêmes, avec toutes les guerres, les conflits, le terrorisme, que vous disséminez un peu partout de par le monde, ça fait pas mal de place rapidement...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Tu t’égares, l’Ange, tu es là pour parler de ta protégée, pas pour faire de la politique.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Oui, La Narratrice, tu as raison, je continue.&lt;br/&gt; Donc, nous travaillons par missions, une heure par-ci, une demi-journée par là, une fois en Chine, une autre en Russie, puis en France, en Afrique, bref, c’est le bagne !&lt;br/&gt;On n’en peut plus nous, les Anges.&lt;br/&gt;Nous croulons sous les Missions, nous avons un nombre incalculable de protégés, tous en même temps.&lt;br/&gt;Le don d’ubiquité c’est pas mal, mais quelle fatigue!&lt;br/&gt;Et avec ça, aucune reconnaissance, rien que des récriminations.&lt;br/&gt;Quand vous réussissez ce que vous avez entrepris c’est à grâce à votre savoir faire, à vos talents, à votre chance, jamais grâce à votre Ange gardien qui a retenu la pierre qui allait vous écraser, ou la voiture qui allait rater un virage,.&lt;br/&gt;Quand vous réussissez une affaire c’est grâce à vous, pas à votre ange qui a mis votre partenaire dans de bonnes dispositions en s’occupant de son bien être. J’en passe et des meilleures.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais quand vous avez des problèmes alors là, on vous entend !&lt;br/&gt;« Mais qu’est ce que c’est que ce foutoir ?&lt;br/&gt;Ça va pas la haut ? Vous vous acharnez contre moi, ou quoi ?&lt;br/&gt;A quoi ça sert d’avoir un Ange gardien s’il n’est pas capable de retenir la porte du garage, quand je passe dessous avec ma voiture.&lt;br/&gt;Regardez- moi dans quel état elle est !&lt;br/&gt;« Elle va marcher beaucoup moins bien, maintenant »&lt;br/&gt;  * Note de la narratrice :« Merci Bourvil » .&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Bon, dans le fond, tout ça, ce ne sont pas vos oignons, vous vous en fichez, et vous n’avez pas tout à fait tort, chacun son boulot.&lt;br/&gt;Où en étais-je ?&lt;br/&gt;Ah ! oui. La chipie dont je dois, entre autres, m’occuper..&lt;br/&gt;Donc, cette calamité s’appelle Pulchérie.&lt;br/&gt;*Note de la narratrice : j’avais un jour, dans ma petite enfance, appelée Pulchérie, une coccinelle qui s’était posée sur ma main quelques minutes, et je ne l’ai jamais oubliée, alors pourquoi pas Pulchérie ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;   -Quand la Narratrice voudra bien me laisser raconter cette histoire tout seul, ça sera plus facile, pour moi, et pour le lecteur, non ?&lt;br/&gt;Bien!...Je continue.&lt;br/&gt;Avouez que Pulchérie, c’est un drôle de nom quand même, pour une garce de cette sorte !&lt;br/&gt;Moi je l’aurais appelée Calamity.&lt;br/&gt;Ça, c’était un nom à sa mesure, mais Pulchérie….&lt;br/&gt;Mais bon, c’est pas moi qui écrit l’histoire, alors je ne peux rien dire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    -Je ne te le fais pas dire, l’Ange.&lt;br/&gt;Allez, raconte et cesse de te disperser, tu fais perdre le fil de l’histoire à tes lecteurs.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;   -Donc, cette gamine maudite m’en fait voir de toutes les couleurs.&lt;br/&gt;Ça fait seize ans que je la supporte !&lt;br/&gt;Seize ans qu’elle me pourrit la vie, et pourrir la vie d’un Ange, il faut le faire!&lt;br/&gt;Elle est coléreuse, méchante, jalouse, injuste.&lt;br/&gt;D’abord, elle veut être la première en tout.&lt;br/&gt;La plus belle, la plus intelligente, la plus grande, la plus blonde, la plus riche, la meilleure en Français, en math, en sciences….. etc… etc…&lt;br/&gt;Bref !… elle est imbuvable, et détestée par toutes ses petites camarades, par ses parents, par ses frères et sœurs, par ses professeurs, et même par les garçons de son âge.&lt;br/&gt;Et c’est ce qui la met dans un état de rage indescriptible.&lt;br/&gt;Tous les autres elle s’en fout, mais les garçons, ça n’est pas supportable !&lt;br/&gt;Aucun d’eux ne lui tourne autour, elle n’a ni copain, ni soupirant, ni amoureux, et elle en crève de rage !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et elle se plaint, et elle geint :&lt;br/&gt;  -Mais pourquoi personne ne m’aime?&lt;br/&gt;Qu’est ce que j’ai fait pour ça?&lt;br/&gt;Je suis comme tout le monde pourtant, je suis même mieux que tout le monde.&lt;br/&gt;Je suis belle, intelligente, mes parent sont riches, je suis habillée à la dernière mode, qu’est ce qui ne va pas, je ne comprend pas?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Ce qui ne va pas?&lt;br/&gt;Elle en a de bonnes!&lt;br/&gt;Mais rien ne va ma poupée, tu es une calamité, une erreur de la création, un ovni, pour bien faire, il faudrait que tu repasses au moule, qu’on te re-configure, qu’on te re-formate, bref que tu disparaisses.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Tu ne trouves pas que tu exagères un peu l’Ange? &lt;br/&gt;Quand même, ça n’est pas de sa faute à cette petite si elle est comme ça!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Oh! toi, la Narratrice!&lt;br/&gt;Evidemment que ça n’est pas de sa faute... c’est de la tienne... c’est toi qui l’a créée, non?&lt;br/&gt;Elle est née de ton imagination, alors à toi de te débrouiller maintenant, puisque je n’ai pas le droit de dire ce que je pense.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Ah! la la! quel mauvais caractère! &lt;br/&gt;Pour un Ange, tu exagères! Tu as aussi mauvais caractère que la Pimbêche!&lt;br/&gt;A ton avis, qu’est ce qu’on devrait faire maintenant?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Toi, tu ne manques pas d’air!&lt;br/&gt;C’est toi qui me demandes d’écrire ton histoire?&lt;br/&gt;Mais qui c’est l’Auteur?&lt;br/&gt;Je ne suis pas un Nègre moi, Madame, si j’écris un texte, je le signe.&lt;br/&gt;Vraiment, là tu m’en bouches un coin!&lt;br/&gt;Elle et moi nous sommes tes créatures, à toi de nous faire vivre.&lt;br/&gt;Ça n’est pas à nous de te donner des idées, débrouille toi!&lt;br/&gt;On dit que j’ai une bonne Plume, d’accord, mais ça n’est pas pour ça que je vais prendre ta place.&lt;br/&gt;Non mais, tu exagères, tu ne trouves pas?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Peut-être, mais je dois te dire que je me suis mise dans une drôle de situation.&lt;br/&gt;Je suis partie avec une idée bien définie, mais tout à coup, plus rien, panne sèche, je ne sais plus comment continuer mon histoire. C’est curieux, non?&lt;br/&gt;Alors, vraiment, tu ne veux pas m’aider?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Non!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Bon, il va donc falloir que je m’y remette.&lt;br/&gt;Cette petite pimbêche, est bien malheureuse à cause de moi.&lt;br/&gt;Il faut donc que je détourne son mauvais karma et que je lui redonne une nouvelle direction.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Bien, alors dis moi ce que je dois dire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Ah! non, l’Ange!&lt;br/&gt;Maintenant tu la boucles. Tu m’as laissée dans l’embarras, tu ne vas pas vouloir reprendre ta place, ce serait trop facile!&lt;br/&gt;A moi de me débrouiller, tu ne me l’as pas fait dire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - S’il vous plaît?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Hein?... Quoi?... Qui parle?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -C’est moi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Qui moi?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Pulchérie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Qui? ...Mais ... que veux-tu? ... Et qui t’as permis de prendre la parole?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Et bien, je vois que tu as du mal à terminer ton histoire, alors je me suis dit que, peut-être,  je pourrais te donner une idée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Alors ça, c’est la meilleure! La créature qui veut donner des idées à l’Auteur!&lt;br/&gt;C’est le monde à l’envers!&lt;br/&gt;Tais-toi, et laisse moi réfléchir.&lt;br/&gt;Bon!....Donc Pulchérie est une peste, l’Ange ne peut plus la supporter, il est même prêt à rendre son tablier.&lt;br/&gt;La Gamine n’en peut plus d’être aussi exécrable et aussi détestée, et je la comprend... et... et... c’est la panne sèche...page blanche... trou noir... plus d’idée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Moi je pourrais peut-être....&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Encore toi?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Oui.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Bon, alors, vas-y, au point où j’en suis, ce que tu veux dire ne peux pas être pire que ce trou noir dans lequel je patauge.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Et bien voilà.&lt;br/&gt;Je me disais que le caractère que tu m’as donné est vraiment trop pourri.&lt;br/&gt;C’est pas très crédible.&lt;br/&gt;Le coup des dents, du cordon, des tresses, de la méchanceté, c’est quand même un peu fort de café. Tu ne trouves pas?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Non, si j’ai forcé le trait, c’était pour être drôle.&lt;br/&gt;Si je t’avais faite juste un peu méchante, ça aurait été très banal.&lt;br/&gt;Comme je t’ai décrite, tu sortais de l’ordinaire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Oui, mais toi tu ne t’en sors plus de ton histoire, alors?... &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Tu as raison, hélas! Bon, je t’écoute...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Moi, à ta place, je ferais intervenir un garçon qui rendrait la vie plus facile à Pulchérie, en lui faisant connaître l’amitié, et puis, pourquoi pas, l’amour?&lt;br/&gt;Parce que que je crois que c’est ce qui lui manque, l’Amour.&lt;br/&gt;Tu l’as faite tellement méchante que personne ne pouvait la trouver aimable, tout le monde en avait peur et la fuyait, alors, évidemment, elle était encore plus mauvaise, de rage et de chagrin.&lt;br/&gt;Qu’en pense-tu?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Hum!... C’est pas bête... Ça pourrait marcher... peut-être.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Moi, je pense que c’est une bonne idée, et puis, ça faciliterait ma tâche.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Oh! Toi, l’Ange, de quoi je me mêle?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Ce que j’en disais, moi, c’était pour faire avancer le schmilblic, rien d’autre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Si c’est tout ce que tu as a dire, tais toi!&lt;br/&gt;Vas-y Pulchérie, raconte nous ton idée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -D’abord, tu devrais changer mon prénom.&lt;br/&gt;Pulchérie, c’est vraiment trop ringard.&lt;br/&gt;Ton histoire de coccinelle c’est marrant, mais ça ne va pas bien loin, tu ne crois pas?&lt;br/&gt;Moi je penserais à... pourquoi pas... Marina?, c’est joli Marina, non?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Va pour Marina.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Bien, merci, ça me soulages, parce que... Pulchérie....&lt;br/&gt;... Donc, Marina, qui en a assez d’être le vilain petit canard, veut changer de vie.&lt;br/&gt;Et pour ça, elle a besoin?... besoin?...  D’AMOUR!!!!!!&lt;br/&gt;Et où va t-elle trouver cet amour?&lt;br/&gt;Tu ne vois pas?&lt;br/&gt;C’est pourtant évident... l’Ange, bien sûr!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;-L’Ange ????&lt;br/&gt;Mais c’est impossible, voyons, il ne peut pas y avoir d’histoire d’amour entre une jeune fille et un Ange.&lt;br/&gt;C’est absurde ton idée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -Evidemment qu’un ange et une jeune fille ne peuvent pas s’aimer d’amour, mais il suffit que tu changes l’Ange en jeune homme et le tour est joué.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Oui, mais mon histoire....&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  -On s’en fiche de ton histoire, puisque toi même tu ne t’en sors plus, alors autant changer de cap, tu ne trouves pas?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;  - Qu’en pense tu l’Ange?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;   -Ah! tu veux bien que je te donne mon avis maintenant?&lt;br/&gt;Et bien... je pense que ça ne serait pas mal.&lt;br/&gt;Et puis, ça me plairait mieux d’être un jeune homme plutôt qu’un Ange.&lt;br/&gt;J’en ai marre moi, d’être toujours à poils, avec ces ailes dans le dos, et cette écharpe autour des reins qui tombe tout le temps.&lt;br/&gt;Parce que, Ange Gardien, tu m’excuseras, mais  ça n’est pas un métier très marrant, sans compter le fait qu’ils ne peuvent pas.....&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;   -Arrête, tu vas dire des bêtises, pour le moment tu es toujours un Ange, alors essaie d’agir comme tel, et laisse moi réfléchir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;   -D’accord, mais réfléchis vite, parce que mes ailes me démangent, et j’ai hâte de les laisser au vestiaire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;   -Bon, donc tu n’es plus un Ange, mais un beau et gentil jeune homme, tu t’appelles Angélo, et tu es amoureux de Marina, qui t’aime aussi  et..... et....&lt;br/&gt;... Eh! ... Où allez-vous?... Revenez non d’une pipe!...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ça c’est trop fort! Ils sont partis en courant, ils m’ont plantée là!&lt;br/&gt;Qu’est ce que je vais faire moi, maintenant, avec mon histoire dont les héros m’ont laissée tomber ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Lecteur, je te demande pardon, je ne peux aller plus loin.&lt;br/&gt;Si ces deux chenapans reviennent je t’enverrai de leurs nouvelles.&lt;br/&gt;Mais je crains fort qu’ils ne soient repartis au fin fond de mon imaginaire, et qu’ils s’y trouvent si bien qu’ils ne veuillent plus revenir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bon vent, les amoureux, mais plus de remue-méninges. &lt;br/&gt;Vous avez pris le pouvoir, c’est un fait, mais à présent débrouillez-vous tout seuls. &lt;br/&gt;Pour moi, votre histoire se termine là, à vous d’écrire la suite, si vous le voulez... mais...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les gens heureux n’ont pas d’histoire, dit-on &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)</description>
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      <title>Miction impossible (Titre aimablement offert par Philippe, mon mari)</title>
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      <pubDate>Tue, 2 Dec 2008 00:00:00 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2008/12/2_Miction_impossible_%28Titre_aimablement_offert_par_Philippe,_mon_mari%29_files/DSCN4014_2.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object004_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;J’ouvre les yeux, il fait noir !&lt;br/&gt;Très noir !&lt;br/&gt;Très très noir !&lt;br/&gt;En fait, il fait vraiment trop noir et ce n’est pas normal, que se passe-t-il ?&lt;br/&gt;Je suis dans mon lit, j’ai envie de faire pipi et je veux me lever, mais pas moyen.&lt;br/&gt;J’ai l’impression de ne pas pouvoir remuer, comme si j’étais paralysé.&lt;br/&gt;Tout ça n’est vraiment pas normal.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pas de panique, il faut que je réfléchisse.&lt;br/&gt;Voyons ; je m’appelle Bastien, j’ai quarante-six ans et je suis marié à Marie-Angélique.&lt;br/&gt;Nous avons un fils, Christophe, qui vient d’avoir 18 ans.&lt;br/&gt;Nous sommes une famille tout ce qu’il y a de plus normale.&lt;br/&gt;Nous ne sommes pas malades, nous nous aimons tous les trois et nous n’avons pas d’ennuis majeurs.&lt;br/&gt;Et puis nous avons Minoucka, notre petite chatte de gouttière, notre petite boule de tendresse.&lt;br/&gt;Donc, on peut dire : R.A.S.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je me suis couché hier soir avec Magique (oui c’est le petit nom que je donne à ma femme, elle est vraiment magique, ma douce), vers 23 heures, jusque-là tout était normal.&lt;br/&gt;Après avoir lu quelques minutes, nous avons éteint la lumière et hop au Pays des Songes , je me suis endormi sans problème, Magique aussi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Voilà que l’envie de faire pipi me réveille… et c’est là que rien ne va plus,j’ai l’impression bizarre de ne plus être dans mon lit.&lt;br/&gt;Notre lit est grand, confortable, spacieux, je peux m’étaler de tout mon long, m’étirer, me retourner, bref, je peux bouger, et cela sans déranger Magique qui a le sommeil si léger.&lt;br/&gt;Mais là, je suis à l’étroit, je n’ai même pas les jambes allongées, je suis recroquevillé dans la position du fœtus.&lt;br/&gt;Que se passe-t-il ? Où suis-je ? Que m’est-il arrivé ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il fait noir, j’ai beau écarquiller les yeux, c’est le noir complet.&lt;br/&gt;Comme dirait notre fiston Christophe : « Noir de chez Noir ! ».&lt;br/&gt;Il ne manquerait pas non plus de hurler, en imitant Hallyday : « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ! ».&lt;br/&gt;Plus d’espoir, plus d’espoir, j’espère que si quand même !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans la chambre, normalement, la lueur du réveil empêche le noir complet, on distingue toujours un peu quelque chose, mais là, rien… le noir… le noir… le noir le plus  complet, intégral, opaque, angoissant !&lt;br/&gt;Mais j’ai vraiment envie de faire pipi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bon, il ne faut pas paniquer, réfléchissons.&lt;br/&gt;Magique n’est pas à côté de moi, je ne l’entends pas respirer.&lt;br/&gt;En fait je n’entends rien, je ne vois rien, je suis à l’étroit, serré, comme si j’étais dans… dans.. dans…&lt;br/&gt;Non d’un chien !!!!&lt;br/&gt;Un cercueil !&lt;br/&gt;Maman !!!! Je suis mort !!!&lt;br/&gt;Magique !… Christophe !…Au secours !, Sortez-moi de là, je suis vivant voyons, vous ne m’entendez pas ?&lt;br/&gt;Au secours… au secours… à l’aide… !!!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais ça n’est pas possible, que se passe t’il, que m’est-il arrivé, où suis-je ? &lt;br/&gt;Hier soir tout allait bien, je n’ai pas pu mourir comme ça, pas si vite !, je suis déjà dans un cercueil, c’est pas possible, c’est pas possible… au secours… au secours!!!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rien ne bouge, en plus du noir c’est le silence, un silence de mort.&lt;br/&gt;Je n’entends rien, je ne vois rien, je ne peux pas bouger, c’est l’enfer.&lt;br/&gt;Voilà que je pleure maintenant.&lt;br/&gt;Arrête un peu crétin, ça ne va pas arranger tes affaires, calme toi et cesse de t’agiter.&lt;br/&gt;Oui, d’accord, je me calme, mais j’ai envie de faire pipi, j’essaie de bouger un peu, j’ai peur de faire sous moi, mais je suis immobilisé, c’est horrible !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je suis donc dans un cercueil, je ne vois que ça.&lt;br/&gt;Enfin, quand je dis je vois, c’est de l’humour bien sûr.&lt;br/&gt;De l’humour noir !&lt;br/&gt;Ha ! ha ! ha !&lt;br/&gt;Je me fais rire moi-même.&lt;br/&gt;Christophe dirait en me voyant, avec son air condescendant, d’ado exaspéré par la sottise incommensurable de ses parents : «  Même pas drôle ! ».&lt;br/&gt;Et il n’aurait pas tort, c’est pas drôle, mais il faut bien que je me rassure, non ?&lt;br/&gt;Alors je déconne, et tant pis si je déçois mon fiston, il aura d’autres occasion de me prendre pour un con… du moins, je l’espère.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;J’ai dû avoir un accident, mais où, comment, je ne comprends pas, je ne vois pas,je ne me souviens de rien, &lt;br/&gt;Peut-être que j’ai eu une crise cardiaque et que je suis mort sans m’en rendre compte.&lt;br/&gt;Et c’est ma pauvre Magique qui m’a découvert au réveil !&lt;br/&gt;La pauvre, quel choc elle a du avoir, c’est affreux !&lt;br/&gt;Magique, ma Magique, je suis désolé de te quitter comme ça ! Je t’aime, pardonne- moi, mon amour, pardonne- moi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais ce que je ne comprends pas c’est pourquoi tu m’as mis dans un cercueil si étroit.&lt;br/&gt;Je ne peux pas me retourner, ni même bouger, tu aurais pu choisir un cercueil plus grand quand même.&lt;br/&gt;Tu me déçois un peu Magique, si c’était une question d’argent tu aurais pu faire un effort.&lt;br/&gt;Sans prendre la super classe avec tout le confort, et même avec le seau à glace et le champagne, au cas où le mort se réveillerait…..&lt;br/&gt;Le mort se réveillerait…. Mais c’est ça… je ne suis pas mort….&lt;br/&gt;Je suis enfermé dans un cercueil, mais je ne suis pas mort !&lt;br/&gt;Je ne suis pas mort puisque j’ai envie de faire pipi, les morts ne pissent pas que je sache !&lt;br/&gt;Ou alors involontairement, à cause du relâchement des tissus.&lt;br/&gt;C’est effrayant tout ça, c’est horrible !! Au secours !! Magique, au secours … à l’aide !!!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais, comment est ce possible ?&lt;br/&gt;J’ai toujours eu peur d’être enterré vivant et voilà que ça m’arrive, à moi !&lt;br/&gt;Mon Dieu mais qu’est ce que je vous ai fait ? De quoi me punissez-vous ?&lt;br/&gt;Mon portable ? Où est mon portable ?&lt;br/&gt;Je plaisantais toujours avec Magique, je lui disais que je voulais être enterré avec mon portable, pour le cas où je ne serais pas vraiment mort, ainsi je pourrais appeler et je serais sauvé.&lt;br/&gt;Pourquoi n’a t’on pas mit mon portable à côté de moi ?&lt;br/&gt;Pipi, je veux faire pipi, c’est urgent bon sang, dépêchez-vous !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tiens, je sens quelque chose de curieux, comme si on chatouillait mon gros orteil.&lt;br/&gt;Qu’est ce que c’est ?&lt;br/&gt;Aïe !, mais… ça ne va pas ? Quelqu’un me mord ?&lt;br/&gt;Croque mort… c’est le croque mort ! &lt;br/&gt;Hé ! Je suis vivant, tu vois bien que je remue, que je crie, que je ne suis pas mort.&lt;br/&gt;JE-NE-SUIS-PAS-MORT !!!!!&lt;br/&gt;Mais arrête, tu me fais mal ! Aïe !&lt;br/&gt;Oh !, mais ce n’est pas un croque mort … non … mon Dieu, c’est un asticot qui commence à me bouffer le pied !!!!&lt;br/&gt;Arrête sale bête, arrête… AU SECOURS !…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je ne peux pas bouger, je ne comprends pas, j’y comprends rien, pourtant je sens cet asticot affamé qui me boulotte, alors ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Non… rien de rien… non… j’y comprend rien de rien… &lt;br/&gt;Bon, voila que je me mets à imiter Christophe, ça prouve que je suis encore un peu sain d’esprit quand même.&lt;br/&gt;Pourtant, si j’étais vivant, je devrais pouvoir remuer, mais ça m’est impossible.&lt;br/&gt;Je voudrais taper sur le couvercle du cercueil, mais je ne peux pas bouger.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je vais me concentrer sur ma main gauche.&lt;br/&gt;Remuer d’abord le pouce…&lt;br/&gt;… Non, pas possible… l’index… non plus… les autres… impossible !&lt;br/&gt;Mais c’est épouvantable !.&lt;br/&gt;J’ai mal au bras au bras gauche, et cette oppression sur la poitrine, c’est encore Minoucka qui s’est couchée sur moi !&lt;br/&gt;Sacrée petite chatte, si câline, si douce, mais si lourde quand elle décide de prendre votre ventre pour son coussin, et s’accroche de toutes ses griffes pour se retenir quand vous bougez.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je suis vivant, mais je ne peux pas bouger, pas crier, je ne peux rien faire pour me sortir de cette situation horrible.&lt;br/&gt;Je vais mourir asphyxié dans ce cercueil.&lt;br/&gt;A l’aide… Au secours…pipi !…papa…maman !…&lt;br/&gt;Je mélange tout, je panique,je ne sais plus ce que je dis… Au secours…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Aïe ! Ça suffit sale bête ! Voilà l’asticot qui recommence à me boulotter le doigt de pied.&lt;br/&gt;Il est pressé celui-là !&lt;br/&gt;Tu ne peux pas attendre que je sois mort, non ?&lt;br/&gt;La viande sera bien meilleure si elle est un peu faisandée, c’est ce qu’on dit toujours.&lt;br/&gt;Laisse- moi le temps de mourir, sale bête, ignoble rampant !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Voyons, voyons, que s’est-il donc passé ?&lt;br/&gt;On a cru que j’étais mort et l’on m’a enterré.&lt;br/&gt;Enterré ? je suis déjà en terre ? Mais alors c’est fichu ! Plus moyen de rien faire. &lt;br/&gt;Mon Dieu, mon Dieu, c’est épouvantable !&lt;br/&gt;Que faire ?&lt;br/&gt;Je vais crier, on va bien finir par m’entendre.&lt;br/&gt;AU SECOURS…. A L’AIDE…. JE SUIS VIVANT …. SORTEZ MOI DE LÀ !!!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est curieux, j’ai beau hurler, aucun son ne sort de ma bouche, c’est incroyable.&lt;br/&gt;J’ai l’impression d’être totalement paralysé : je ne peux plus parler, plus bouger, je peux à peine respirer.&lt;br/&gt;Maman… J’ai peur !!!&lt;br/&gt;Des bandelettes, voilà, je suis enroulé dans des bandelettes.  Une momie ! On m’a transformé en momie ! Un saucisson, je suis un saucisson !&lt;br/&gt;Fous le camp crocodile sans patte, tu ne m’auras pas ! Si tu crois me bouffer tout entier tu te trompes.&lt;br/&gt;Il va en falloir des milliers de ton espèce pour arriver à me boulotter.&lt;br/&gt;Je suis un dur à cuir, moi, Monsieur ! Je ne me laisserai pas faire sans défendre chèrement ma peau !&lt;br/&gt;Pipi …pipi, je vais me noyer dans mon urine, je ne peux plus me retenir, au secours……&lt;br/&gt;&lt;br/&gt; - Bastien ?…. Bastien ?….&lt;br/&gt;Réveille toi mon chéri, arrête de crier comme ça, tu as fait peur à Minoucka.&lt;br/&gt; - Hein ? quoi ? Que se passe-t-il ? Où suis-je ? Que m’est-il arrivé ?&lt;br/&gt; - Tu as fait un cauchemar mon chéri.&lt;br/&gt; - Un cauchemar ?&lt;br/&gt; - Oui, tu criais que tu étais mort, que tu étais une momie, que tu avais envie de faire pipi et qu’un ver était en train de te dévorer le gros orteil.&lt;br/&gt;Je te signale que ton asticot c’était notre pauvre Minoucka que tu as terrorisée, elle est sous le lit et ne veut plus en sortir.&lt;br/&gt;Tu t’es tellement démené que tu es tout entortillé dans tes draps, c’est pas étonnant que tu ne puisses plus bouger.&lt;br/&gt;- Ainsi j’ai rêvé ? Mon Dieu, quel cauchemar !&lt;br/&gt;Je me croyais enterré vivant, tu te rends compte ? Enterré vivant ! C’était horrible ! Un coup à avoir une crise cardiaque.&lt;br/&gt;Il faut que je me lève,j’ai envie de faire pipi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Oh !, j’ai mal, cette oppression, mal au bras gauche, douleur…  au secours !…. Magique !!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Bonjour, Docteur.&lt;br/&gt;Oui, c’est arrivé bizarrement. &lt;br/&gt;Il a fait un cauchemar, il criait qu’il était enterré vivant, que les vers étaient en train de le dévorer et qu’il avait envie de faire pipi.&lt;br/&gt;Je l’ai secoué pour le réveiller, il a ouvert les yeux, il m’a expliqué son cauchemar, puis il s’est plaint d’une douleur dans le bras gauche, et.. . et il est mort…. Comme ça…. Brusquement !&lt;br/&gt;Je ne comprends pas ce qui est arrivé.&lt;br/&gt;Minoucka, notre chatte, refuse de le quitter, je ne sais pas pourquoi, elle passe son temps à lui lécher les orteils, c’est vraiment curieux.&lt;br/&gt;C’est épouvantable n’est-ce pas docteur ? Et incompréhensible.&lt;br/&gt;Bastien rêve qu’il est mort, il se réveille, et il meurt, comme ça, sur le coup.&lt;br/&gt;Vous ne trouvez pas cela étrange ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Vous savez, Madame, des choses étranges, j’en vois tous les jours.&lt;br/&gt;Votre mari devait souffrir de son infarctus en dormant, ce qui expliquerait qu’il se croyait dans un cercueil.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Soit, mais cette envie de faire pipi ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Je ne peux pas vous expliquer cette envie, Madame, je regrette.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Je ne saurais donc jamais…&lt;br/&gt;Mon mari, docteur, avait une idée bizarre. Il voulait être enterré avec son portable parce qu’il avait peur d’être enterré vivant. Qu’en pensez-vous ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;-  Madame, si c’était l’idée de votre mari, il faut respecter ses dernières volontés .&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Mais, docteur, mon mari est bien mort, n’est-ce pas ? il n’y a pas de risque qu’il se réveille dans le cercueil, ce serait horrible ! C’est ce qu’il craignait le plus.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Madame, votre mari est mort, et rien ne pourra le réveiller, si ce n’est le jugement dernier, si vous y croyez, bien sûr.&lt;br/&gt;Mais pour votre tranquillité, et pour respecter son désir, mettez son portable à côté de lui.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le jour de l’enterrement, au cimetière, une fois que la bière fut mise en terre, que le curé ait dit quelques mots, que chacun ait lancé une fleur dans le trou, que celui-ci fut rebouché, que tout le monde fut parti…une sonnerie de téléphone, lointaine, souterraine, a retenti.&lt;br/&gt;Elle a sonné longtemps… longtemps… longtemps…sans doute jusqu’à ce que la pile ne meurt…à son tour….&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Si Christophe avait entendu la sonnerie, il n’aurait sans doute pas pu s’empêcher de fredonner entre ses dents :&lt;br/&gt;« Le téléphone pleure, et tu ne viens pas… la la la la…..&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>L’Homme de pierre</title>
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      <pubDate>Tue, 18 Nov 2008 00:00:00 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2008/11/18_L%E2%80%99Homme_de_pierre_files/BANC-HOMME%20DE%20PIERRE_2.png&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object005_1.png&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il est grand, maigre, osseux, voûté par les ans, mais aussi sûrement, par la méchanceté qui transparaît dans son regard.&lt;br/&gt;Son visage est long, creusé, sa bouche n’est qu’un mince filet pâle qui lui fend le visage comme une mauvaise cicatrice.&lt;br/&gt;Son nez, long et maigre, retombe légèrement vers la bouche, lui donnant un air mauvais.&lt;br/&gt;Ses yeux !&lt;br/&gt;Ah ! ses yeux !&lt;br/&gt;Deux trous presque translucides, deux lacs de montagne, sans fond, glacés, durs, un regard d’aigle prêt à fondre sur sa proie qu’il ne rate jamais.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cet homme, dans son genre, est malheureux.&lt;br/&gt;Il est seul, il n’aime personne, et surtout, il ne s’aime pas, et de ce manque d’estime envers lui-même découle tout le personnage.&lt;br/&gt;Il se venge de ce manque d’amour sur tous ceux qui passent à sa portée, surtout les plus faibles, les plus tendres.&lt;br/&gt;Il faut voir son sourire carnassier quand il a atteint son but principal: faire du mal !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Hors donc, ce vilain personnage, sans le savoir, allait bientôt vivre une aventure à laquelle il ne s’attendait pas du tout, et qui serait sa dernière aventure.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Assis sur son banc de prédilection, près de la rivière, avec sa canne, qu’il n’hésitait pas à utiliser pour tenter de faire tomber les malheureux innocents qui passaient à sa portée, il invectivait, insultait, et apostrophait les passants, sans raison, comme à son habitude.&lt;br/&gt;Il n’avait même pas l’excuse de l’ivresse, il était sobre comme un chameau.&lt;br/&gt;Chameau ! Ça lui correspondait bien.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un jour, alors qu’il se livrait à son passe-temps habituel et favori, tout à coup, sans même qu’il se rende compte comment elle était apparue, ni d’où elle était venue, il sentit une présence à ses côtés.&lt;br/&gt;Une petite dame, assez âgée, souriante, s’adressa à lui :&lt;br/&gt;- Alors, jeune homme, toujours aussi en colère ? &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Interloqué, il la regarda avec attention, prêt à la remettre vertement à sa place.&lt;br/&gt;Il ne la connaissait pas, ne l’avait jamais vue.&lt;br/&gt;Comment osait-elle s’asseoir sur Son Banc, et surtout, lui adresser la parole ?&lt;br/&gt;Personne, depuis des lustres, n’avait eu cette audace.&lt;br/&gt;Les gens, au mieux l’évitaient, au pire le fuyaient.&lt;br/&gt;Mais lui parler de cette façon… Le tutoyer ainsi… Elle allait voir à qui elle avait à faire la vieille, non mais !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Qui êtes-vous, Madame, et qui vous a permis de m’adresser la parole ? je ne vous connais pas que je sache !&lt;br/&gt;-Oh ! mais si, nous nous connaissons, tu m’as malheureusement oubliée, mais nous nous connaissons bien, et depuis longtemps, je dirais même depuis toujours.&lt;br/&gt;- Ah ! bon ? Nous nous connaissons ? Mais qui êtes-vous donc?&lt;br/&gt;- Je ne te le dirais pas, tu dois le découvrir par toi-même, et j’espère que tu le comprendras avant qu’il ne soit trop tard. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il s’agita sur son banc, tremblant de colère.                                                                                        &lt;br/&gt;- Taisez-vous ! Ça suffit comme ça, laissez-moi tranquille. Ce banc est à moi, j’ai seul le droit de l’utiliser et je vous ai pas invitée à le partager, alors, ouste, du balai, partez vite avant que je ne vous chasse à coup de canne. Je ne m’en priverai pas vous savez, et ça n’est pas l’envie qui m’en manque !&lt;br/&gt;- Oui, mon garçon, je sais que tu en as envie, mais tu ne le feras pas.&lt;br/&gt;- Tiens donc ! Et qui m’en empêcherait ?&lt;br/&gt;- Toi-même.&lt;br/&gt;- Vous croyez ça ?&lt;br/&gt;- Bien sûr, tu as beau être mauvais comme une teigne, il y a encore en toi une petite flamme, une petite braise, et c’est pour cela que je suis là. &lt;br/&gt;Du moins je l’espère… pour toi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La petite dame avait réussi un tour de force que beaucoup de gens, depuis très longtemps, n’avaient plus réalisé: le laisser coi !&lt;br/&gt;Il la regarda, les sourcils froncés, l’œil mauvais ; ses mains, sur sa canne tremblaient.&lt;br/&gt;Il était clair qu’il se retenait, et, pour cela même, s’en voulait.&lt;br/&gt;Si ça n’avait tenu qu’à lui, il l’aurait balayée d’un coup de canne, vite fait bien fait, mais, sans qu’il comprenne pourquoi, il ne parvenait pas à réagir.&lt;br/&gt;Cette femme l’intriguait.&lt;br/&gt;Il avait en effet, un peu l’impression de l’avoir déjà vue.&lt;br/&gt;Mais quand ? Où ?.&lt;br/&gt;Elle n’était pas beaucoup plus âgée que lui, peut-être même était-elle un peu plus jeune, comment savoir avec les femmes ?&lt;br/&gt;Son cerveau carburait à vive allure.&lt;br/&gt;Il cherchait… Où l’avait-il vue, peut-être connue ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Etais-ce une de ses anciennes maîtresses ?&lt;br/&gt;Parce qu’il lui fallait bien reconnaître qu’il n’avait pas été un mari fidèle, loin de là.&lt;br/&gt;Sa femme en avait assez souffert, avant de s’envoler pour un monde meilleur.&lt;br/&gt;Et si c’était une ancienne maîtresse, pourquoi venait-elle ? Pour se venger ?&lt;br/&gt;Il faut dire qu’il ne les avaient pas toutes quittées avec élégance non plus.&lt;br/&gt;La goujaterie, la cruauté, il connaissait.&lt;br/&gt;Il disait même que c’était la seule façon de rompre une liaison, ainsi on ne laissait pas de regret.&lt;br/&gt;Pas joli joli, il en convint en lui-même, et, curieusement, au même moment, il crut voir un léger sourire sur le visage de la dame.&lt;br/&gt;Il n’y prêta pas autrement attention et continua à réfléchir.&lt;br/&gt;Mais où, l’avait-il vue ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Etais-ce cette jeune fille, si jolie, si amoureuse de lui, si gentille, qu’il avait tellement désespérée par sa méchanceté et son égoïsme qu’elle s’était suicidée ?&lt;br/&gt;Cela faisait des années qu’il n’y avait plus pensé.&lt;br/&gt;Il l’avait enfouie au fond de lui, très très au fond, dans cette horrible boule hérissée de piquants qui lui tenait lieu de cœur, et l’y avait oubliée.&lt;br/&gt;C’était si loin, et puis, elle était morte, ce ne pouvait donc être elle.&lt;br/&gt;Quand même, en y songeant, quel salaud il avait été.&lt;br/&gt;Alors qu’il aurait pu, avec un peu de diplomatie, de cœur, de générosité, lui faire comprendre que leur séparation n’était pas la fin du monde, et qu’elle avait encore de très belles histoires d’amour à vivre, au lieu ce cela, il l’avait mise à la porte, avec sa valise, sans ménagement, et avec des mots durs, cruels, méprisants, qui l’avaient désespérée, au point…&lt;br/&gt;A ce souvenir, il s’ébroua, un léger sentiment de remord le traversa.&lt;br/&gt;Oh ! pas longtemps, mais juste assez pour voir la vieille dame lui faire de nouveau un petit sourire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bizarre, se dit-il, on dirait qu’elle entend mes pensées.&lt;br/&gt;Mais qui est-elle donc ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il la regarda dans les yeux et lui demanda :&lt;br/&gt;- Mais qui êtes-vous à la fin? On dirait que vous lisez dans mes pensées. Vous êtes une Madame Irma ou quelque chose comme ça ?&lt;br/&gt;Pourquoi êtes-vous ici, vous m’ennuyez à la fin ! Allez-vous en, laissez-moi tranquille !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;-Mon départ ne dépend que de toi, et de toi seul, tu commences à le comprendre, non ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’homme haussa les épaules et se remit à chercher où il avait bien pu rencontrer l’inconnue.&lt;br/&gt;Ça n’était pas une ancienne maîtresse, c’était à peu près sûr.&lt;br/&gt;Alors qui ? Et pourquoi était-elle là ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La vieille dame le regardait avec une insistance qui le gênait. Alors il détourna la tête et&lt;br/&gt;remonta dans ses souvenirs, loin, très loin, quand il était petit.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il se souvint de ce chaton, qu’il avait, un jour d’ennui, martyrisé pendant un long moment, juste pour le plaisir, pour passer le temps, et qu’il avait noyé ensuite, en faisant durer le supplice. &lt;br/&gt;Puis, il avait accusé sa petite voisine de ce méfait.&lt;br/&gt;Il l’aimait bien cette petite fille, mais c’était plus fort que lui, il n’avait pas hésité une seconde.&lt;br/&gt;Le pire, c’est que ce chaton était à la gamine!&lt;br/&gt;Celle-ci avait subi une terrible punition, et malgré ses cris, ses dénégations, ses sanglots, qu’il entendit sans rien dire, content de lui, il n’avait pas ressenti le moindre sentiment de culpabilité.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce sentiment, même aujourd’hui, il ne l’avait pas.&lt;br/&gt;Un chaton, tu parles, avec tous ceux qui naissent, ça en faisait un de moins, voilà tout !&lt;br/&gt;Et la gamine devait avoir oublié depuis longtemps cet épisode.&lt;br/&gt;Ça ne pouvait donc être elle.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il regarda la dame.&lt;br/&gt;Celle-ci ne souriait plus. Elle le regardait sévèrement.&lt;br/&gt;Il se surprit à lui faire une grimace, à lui tirer la langue, mais elle ne réagit pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quelque chose le gênait dans ses chaussures.&lt;br/&gt;Une sensation bizarre. &lt;br/&gt;Il avait l’impression que ses pieds étaient devenus durs, comme s’ils étaient gelés.&lt;br/&gt;Pourtant il ne faisait pas si froid que ça. C’était curieux, il ne pouvait plus remuer ses doigts de pieds.&lt;br/&gt;Mais comme il ne souffrait pas, son esprit repartit vers ses souvenirs.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce type, au service militaire, qu’il ne pouvait pas souffrir.&lt;br/&gt;Lui, qui avait un petit grade, pouvait à sa convenance, lui faire subir les pires corvées, et il ne s’en était pas privé.&lt;br/&gt;Il adorait l’humilier, le rabaisser. &lt;br/&gt;Pourquoi ? &lt;br/&gt;Pour rien. Parce qu’il ne lui plaisait pas, c’est tout.&lt;br/&gt;Mais au fait, qu’était-il devenu ce type ?&lt;br/&gt;Il chercha et, soudain, son visage se figea.&lt;br/&gt;Pendu ! Oui, pendu, mais par ses collègues !&lt;br/&gt;Au départ c’était un jeu, une épreuve de courage, mais qui tourna très vite au drame.&lt;br/&gt;Il aurait pu arrêter avant que ça ne dégénère, mais il avait voulu voir jusqu’où le type pouvait tenir.&lt;br/&gt;Il avait vu…. Trop tard !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et la fiancée de cet homme ?&lt;br/&gt;Quand il la vit, il la trouva tellement belle, tellement touchante, qu’il voulut absolument la revoir.&lt;br/&gt;Il se débrouilla et réussit à lui donner un rendez-vous.&lt;br/&gt;La suite, évidemment, n’avait pas été difficile, son charme naturel avait fonctionné, comme d’habitude.&lt;br/&gt;Mais quand la jeune femme avait appris le rôle qu’il avait joué dans la mort de son fiancé, elle était devenue folle, de honte.&lt;br/&gt;Décidément, les femmes ne lui portaient pas chance.&lt;br/&gt;Toutes des nymphos, ou des cinglées, prêtes à lui tomber dans les bras au moindre claquement de doigts.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le regard dur, perçant, de la vieille dame lui fit froid dans le dos.&lt;br/&gt;Pas seulement dans le dos d’ailleurs.&lt;br/&gt;Imperceptiblement, pendant qu’il réfléchissait, ses jambes s’étaient immobilisées, froides, glacées, son bassin en avait fait autant.&lt;br/&gt;Il ne pouvait plus bouger le bas du corps.&lt;br/&gt;Il tenta de se lever, mais sans résultat.&lt;br/&gt;Que se passai-il donc ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Que m’avez-vous fait, cria t-il à la vieille dame ? que m’arrive t-il ? Si c’est une plaisanterie, elle n’est pas drôle !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;-Ça n’est pas une plaisanterie.&lt;br/&gt;Je suis venue ici pour te donner une chance de te racheter.&lt;br/&gt;Ton temps sur terre est compté et je voulais t’aider.&lt;br/&gt;Tu as été méchant et cruel toute ta vie, tu as fait beaucoup de mal autour de toi, à beaucoup de gens, et tout ça, sans aucun remord.&lt;br/&gt;Tout à l’heure, j’ai cru que tu allais avoir des regrets de ta conduite, mais ça a été trop fugace.&lt;br/&gt;Tu es incapable de remord, et, ce qui est pire, de repentir.&lt;br/&gt;Tu as fait, et tu continues à faire le mal sans jamais avoir une étincelle de regret.&lt;br/&gt;Tu as un cœur de pierre, tu deviendras donc Homme de pierre.&lt;br/&gt;Désormais tu resteras à jamais sur ce banc, où tu t’amusais à effrayer les enfants, les animaux, les personnes âgées, où tu tentais de les faire tomber, avec ta canne, où tu les insultais.&lt;br/&gt;Statue de pierre, tu ne feras plus peur à personne.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’homme, une très vilaine grimace sur la figure, où se lisait la peur, la colère, s’agitait sur son banc, mais ses mouvements étaient de plus en plus en lents.&lt;br/&gt;Puis, brusquement, un long soupir s’échappa de ses lèvres, un sifflement, un cri muet, et il s’immobilisa définitivement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La vieille dame, tristement, lui caressa la joue.&lt;br/&gt;-Tu aurais pu être sauvé si tu l’avais voulu.&lt;br/&gt;Te repentir n’étais pas si difficile. Mais tu étais tellement orgueilleux. &lt;br/&gt;Tant pis pour toi.&lt;br/&gt;Tu es seul responsable de ce qui t’arrive… Dommage.&lt;br/&gt;Et lentement, très lentement, comme à regret, elle disparut.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’homme de pierre resta seul, immobile à jamais.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Sur le sol, près du banc, un petit moineau se posa.&lt;br/&gt;Il leva la tête et vit la statue de pierre.&lt;br/&gt;Craintif, il s’approcha prudemment, puis s’enhardit, jusqu’à voleter et à se poser sur la tête de la statue.&lt;br/&gt;La place lui sembla bonne parce qu’il y resta un bon moment, il s’endormit même, jusqu’à ce qu’un gamin s’approche.&lt;br/&gt;Aussitôt, le moineau s’envola, non sans avoir, auparavant, déposé une petite crotte sur la tête de l’homme de pierre.&lt;br/&gt;Quand le gamin fut près de la statue, il eut l’impression bizarre de voir les sourcils de celle-ci se froncer, et la canne bouger, comme si la statue avait voulu le frapper avec, mais cela ne dura que l’espace d’un instant.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Curieusement, personne ne sembla s’étonner de la présence de cette statue, ni, surtout, de la disparition de l’homme qui, d’habitude, s’asseyait sur ce banc et faisait peur à tout le monde.&lt;br/&gt;Tout le monde semblait soulagé et personne ne voulut en savoir davantage.&lt;br/&gt;Certaines personnes lui trouvèrent un air de ressemblance avec le « méchant monsieur », mais on l’oublia bien vite.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cette statue devint vite une curiosité et tous les touristes venaient se faire photographier à côté d’elle.&lt;br/&gt;Ce qui surprenait les gens, c’est que l’expression de la statue changeait parfois.&lt;br/&gt;Surtout quand une belle jeune fille s’asseyait pour se faire photographier.&lt;br/&gt;On aurait dit alors, que les yeux s’animaient, que les lèvres s’entrouvraient pour un mince sourire.&lt;br/&gt;Mais c’était très fugace, et seuls les plus imaginatifs voyaient ces changements.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les moineaux, eux étaient très contents.&lt;br/&gt;Tous les ans, un couple faisait son nid sur les genoux de l’homme de pierre.&lt;br/&gt;Tout le monde surveillait la couvée avec beaucoup d’intérêt, et protégeait le nid.&lt;br/&gt;Aucun chat ne s’approchait de la statue pendant cette période.&lt;br/&gt;On dit que si l’un d’entre eux tentait de le faire, un sifflement, comme celui d’un serpent, s’échappait des lèvres de la statue et faisait fuir le matou.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Peut-on dire que l’homme de pierre était finalement plus humain que l’homme de chair ?&lt;br/&gt;Peut-on dire que, sous ce bloc de granit un cœur continuait à battre ?&lt;br/&gt;Peut-on dire que peut-être, plus tard, loin dans le temps, la punition prendrait fin et que la statue disparaîtrait, pour rejoindre enfin, sa conscience ?&lt;br/&gt;Peut-on dire… ?&lt;br/&gt;Qui sait ce que l’on peut dire ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tout ce que l’on sait, c’est que la statue a disparu un jour, comme elle était apparue.&lt;br/&gt;Un gamin, raconta que, de loin, il avait vu une vieille dame qu’il ne connaissait pas, assise à côté de la statue.&lt;br/&gt;Cette dame semblait parler à l’homme de pierre, et, curieusement, la statue lui répondait.&lt;br/&gt;Ils avaient discuté longtemps, longtemps, puis, sans que le gamin comprenne pourquoi ni comment, la dame et la statue avaient disparu, lentement, très lentement.&lt;br/&gt;Ils s’étaient comme évanouis.&lt;br/&gt;Au même instant, une volée de moineaux s’était abattue sur le banc en criant à tue tête.&lt;br/&gt;Le gamin s’était alors approché du banc, et, à la place de la statue, il avait lu une phrase :&lt;br/&gt;« Il n’est jamais trop tard ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Plus personne ne s’est jamais assis sur ce banc.&lt;br/&gt;Les rares personnes qui ont voulu le faire disaient qu’ils ne s’y sentaient pas bien, comme si le banc était vivant, qu’il bougeait et ne voulait pas qu’ils s’y assoient.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais, tous les ans, un couple de moineaux fait son nid, à l’endroit même où se trouvaient les genoux de la statue disparue.&lt;br/&gt;Et, chaque fois qu’un matou s’approche, un sifflement menaçant, strident, retentit, on ne sait d’où, et fait fuir le matou. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Peut-être qu’on pourrait dire ?…..&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Bout d’Chou</title>
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      <pubDate>Fri, 17 Oct 2008 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2008/10/17_Bout_d%E2%80%99Chou_files/MARABOUNTA_2.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object006_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bout d’Chou c’est moi, je suis un garçon et j’ai bientôt cinq ans. &lt;br/&gt;Ce matin j’ai vu la petite fille au supermarché où j’accompagnais Maman.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;J’aime pas tellement faire les courses avec Maman.&lt;br/&gt;Je préfère quand c’est Papa, parce qu’avec lui je sûr d’avoir quelques bonbons, ou une glace, ou un gâteau.&lt;br/&gt;Maman ne veut jamais m’acheter de bonbons.&lt;br/&gt;Elle dit que c’est pas bon pour les enfants, et encore plus mauvais pour les dents, et que c’est fait pour faire travailler les dentistes.&lt;br/&gt;Mais moi, je pense que Maman a tort.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;D’abord, Maman c’est une fille, alors c’est normal qu’elle a tort, en tout cas, c’est ce que dit Papa.&lt;br/&gt;C’est vrai que chaque fois que Papa dit ça, que Maman c’est une fille et qu’elle a tort, Papa et elle, Maman, se regardent avec un drôle d’air, en se faisant des clins d’œil, comme si ils se moquaient de moi.&lt;br/&gt;A la fin, je n’y comprend plus grand chose, mais quand même, Maman a souvent tort.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Alors, comme je suis triste, je prends mon Toutou et je vais dans ma chambre, ou dans un coin où je suis tout seul. &lt;br/&gt;Toutou c’est mon chien en peluche, parce que Maman elle veut pas que j’ai un vrai chien, ou un vrai chat, alors j’ai mon Toutou en peluche.&lt;br/&gt;Il est tout noir, avec une tache blanche autour d’un œil, et avec des oreilles qui tombent, deux gros yeux noirs et une petite langue rose qui sort de sa bouche.&lt;br/&gt;Je fais bien attention à sa petite langue pour pas lui faire du mal.&lt;br/&gt;Je l’aime très fort, c’est mon seul vrai copain.&lt;br/&gt;Jamais il m’a grondé, jamais il s’est moqué de moi, et, surtout, il a jamais rapporté quand je fais des bêtises ou que je mange des bonbons en cachette.&lt;br/&gt;Et, quand je suis tout seul avec lui, je lui raconte quand Maman a tort, et il est toujours d’accord.&lt;br/&gt;C’est normal, c’est mon copain !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais le plus grand tort de Maman c’est le prénom qu’elle a voulu me donner.&lt;br/&gt;Ça me fait honte.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Voilà l’histoire :&lt;br/&gt;Maman, quand elle était jeune, elle aimait beaucoup le cinéma.&lt;br/&gt;Elle était, comme on dit, une fan, sauf que ses chouchous c’étaient plutôt des Américains, alors elle pouvait pas les voir autrement qu’au cinéma, pas en vrai quoi, mais elle aurait bien voulu quand même.&lt;br/&gt;Elle en aimait beaucoup, mais son grand préféré, son grand chouchou, c’était Charlton Heston !!!&lt;br/&gt;Celui-là, elle était folle amoureuse !&lt;br/&gt;Dans beaucoup de films elle l’aimait, presque dans tous ses films en fait, mais celui dans lequel elle le préférait c’était «  Quand la Marabounta gronde ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quand Maman parlait de ce film, elle avait les yeux qui regardaient je ne sais pas où, loin, très loin, comme si elle se revoyait quand elle était petite fille, dans le cinéma, en train de regarder Charlton. &lt;br/&gt;Comme si Maman avait pu être une petite fille !&lt;br/&gt;C’est Maman, c’est tout, elle a toujours été Maman, et rien d’autre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Maman m’a raconté le film plein de fois.&lt;br/&gt;C’est un monsieur et une dame qui commencent par ne pas s’aimer du tout, et à la fin, ils s’aiment beaucoup.&lt;br/&gt;Et puis , un jour, y a des grosses fourmis géantes qui viennent et qui bouffent tout.&lt;br/&gt;(si Maman lisait ça elle se mettrait en colère « On dit pas bouffe, mais mange ! Quand vas-tu apprendre à être poli ? »).&lt;br/&gt;Donc les fourmis mangent tout, même les animaux et les gens !&lt;br/&gt;C’est drôle quand même, des fourmis qui mangent des gens, mais si Maman le dit !…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Donc, pour Maman, Charlton Heston, c’était un Dieu, et vous savez ce qu’elle a fait, Maman ?&lt;br/&gt;Elle a voulu m’appeler Charlton !!!&lt;br/&gt;Vous vous rendez compte ?&lt;br/&gt;Je m’appelle Charlton !&lt;br/&gt;Charlton Chevalier !&lt;br/&gt;C.C., quoi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Papa, au début, il voulait pas, mais Maman elle a tellement fait la tête que Papa a dit oui.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A l’école, mes copains et mes copines se marrent et se moquent de moi.&lt;br/&gt;« Eh ! Ben Hur , où t’as mis ton char ? »&lt;br/&gt;Ou bien : &lt;br/&gt;« Alors Moïse, tu sais pas nager que t’es obligé de séparer la mer Rouge pour traverser ? ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ça m’énerve !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Heureusement, finalement, on m’appelle plutôt, Charles ou Charly, c’est un peu mieux., mais j’aime pas quand on dit, Charlot, alors là, pas du tout.&lt;br/&gt;Mais on m’appelle surtout Bout d’Chou.&lt;br/&gt;Ça j’aime bien.&lt;br/&gt;C’est Maman qui a commencé, et toute la famille a fait pareille.&lt;br/&gt;C’est mignon Bout d’Chou, et puis je connais aucun copain qui s’appelle comme ça.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Maman elle dit que je râle tout le temps.&lt;br/&gt;C’est pas vrai.&lt;br/&gt;Je râle quand je suis pas content, c’est tout.&lt;br/&gt;Maman elle dit aussi que je suis venu au monde en râlant.&lt;br/&gt;Que je criais et pleurais tellement fort, que le médecin lui a dit » Eh ! ben Madame, il va pas être commode ce petit ! ».&lt;br/&gt;C’est malin de dire ça !&lt;br/&gt;Y me ne connaissait pas, comment il pouvait savoir ce que j’allais faire ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quand je regarde à la télé, des fois, des bébés tout petits qui viennent de naître, y crient tous très fort.&lt;br/&gt;Maman m’a même dit que si le bébé ne crie pas quand il vient au monde, c’est qu’il est malade, et même que le médecin lui donne la fessée pour que le bébé se mette en colère et pleure tout de suite.&lt;br/&gt;Ben moi, le docteur, il a pas eu besoin de me donner la fessée, j’ai crié tout de suite, et, finalement, tout le monde était content.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tous, sauf moi !&lt;br/&gt;Oui, moi j’étais pas content du tout.&lt;br/&gt;J’étais bien, moi, dans le ventre de Maman.&lt;br/&gt;Il faisait chaud, et, sauf quand Maman dormait j’avais toujours l’impression d’être dans une balançoire.&lt;br/&gt;Comme ça je pouvais m’endormir en suçant mon pouce sans pleurer pour qu’on me berce.&lt;br/&gt;J’avais pas besoin non plus de pleurer pour avoir à manger, ni parce que mes couches étaient pas propres, parce que j’avais pas de couche.&lt;br/&gt;Je me demande comment je faisais d’ailleurs, Maman me l’a jamais expliqué complètement.&lt;br/&gt;Bref, dans le ventre de Maman c’était formidable !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Aussi, quand j’ai mis le nez dehors !!!&lt;br/&gt;D’abord, il a fallu faire plein de mouvements fatigants pour sortir, c’était pas facile.&lt;br/&gt;J’entendais la dame qui disait « Poussez madame, poussez, allez, encore un peu, je vois la tête du bébé ! ».&lt;br/&gt;Et Maman qui respirait fort.&lt;br/&gt;Et moi, on me disait rien du tout, pourtant moi aussi je poussais.&lt;br/&gt;Je glissais dans ce couloir étroit et tout noir, et je me disais « mais qu’est ce qui se passe ? ».&lt;br/&gt;Aussi, quand j’ai été complètement sorti, j’ai voulu faire savoir que j’étais pas content, et je me suis mis à hurler.&lt;br/&gt;Et voilà comment on se fait une réputation.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Donc, j’ai vu la petite fille au super marché.&lt;br/&gt;En vrai, je l’ai revue, parce que c’était pas la première fois.&lt;br/&gt;Elle est drôlement belle !&lt;br/&gt;Elle est pas très grande, elle a les cheveux tout noirs, comme du cirage, et tout bouclés.&lt;br/&gt;Même que ça me fait penser à une belle mure, bien sucrée et qui sentirait la vanille.&lt;br/&gt;Et même que j’ai envie de les manger ses cheveux, mais je peux pas parce que, en vrai, c’est pas marrant quand on a des cheveux dans la bouche.&lt;br/&gt;Elle a des yeux bleus… bleus… comme si c’était la mer.&lt;br/&gt;Moi je sais pas nager, mais le jour où je saurais, je suis sûr que ce sera comme si je me baignais dans ses yeux.&lt;br/&gt;Et sa bouche !…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bon, voilà ! je crois que je suis amoureux.&lt;br/&gt;C’est ce que dit Maman quand elle me voit regarder la petite fille.&lt;br/&gt;Elle me dit : «  Ne reste pas comme ça, on dirait un poisson qui a sauté hors de l’eau et qui a oublié de respirer ! ».&lt;br/&gt;Mais c’est pas vrai, je respire, même un peu plus vite que d’habitude et mon cœur tape fort, comme si il allait sortir de mon corps.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Maman, aujourd’hui, elle a dit: «  Bon, ça suffit comme ça, on va aller voir la maman de cette jolie petite fille et lui dire que tu es amoureux ».&lt;br/&gt;J’ai crié : « Non Maman, pas ça ! ».&lt;br/&gt;Maman a ri et elle a dit :&lt;br/&gt;« Mais non, grosse bête, voyons, je vais juste lui dire que tu as envie de jouer avec sa petite fille, et comme on va fêter ton anniversaire dans une semaine, je vais l’inviter. Qu’en pense-tu ? ».&lt;br/&gt;J’étais très content, mais en même temps j’avais peur que la maman dise non.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle a pas dit non.&lt;br/&gt;Et pendant que les mamans parlaient, la petite fille et moi on a parlé aussi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle m’a dit que elle aussi elle m’avait vu plusieurs fois et qu’elle me trouvait beau.&lt;br/&gt;Ouahhh !…, j’ai pensé ! C’est chouette, non ?&lt;br/&gt;Alors je lui ai dit que moi aussi je la trouvais belle, et je lui ai dit pour ses cheveux, et ça l’a fait rire.&lt;br/&gt;J’aime bien quand elle rit, on dirait une petite clochette qui fait dring dring, c’est rigolo.&lt;br/&gt;Alors je lui ai demandé son nom.&lt;br/&gt;Elle m’a dit : « Deborah, comme Deborah Kerr, parce que ma maman elle aimait bien Deborah Kerr quand elle était jeune, surtout dans Quo Vadis.&lt;br/&gt;Et toi, comment tu t’appelles ? ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je suis resté la bouche ouverte, c’est là que j’avais l’air d’un poisson qui se noie dans l’air.&lt;br/&gt;Alors, intimidé, je lui ai dit mon prénom.&lt;br/&gt;J’avais peur qu’elle se moque, mais elle a dit :&lt;br/&gt;« Ta maman, elle est comme ma maman, elle aimait beaucoup Charlton Heston aussi ! &lt;br/&gt;Maman elle me dit toujours que si j’ai un petit frère, il s’appellera Charlton. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour une fois, je suis resté muet comme une carpe.&lt;br/&gt;Ça, alors !&lt;br/&gt;Jamais j’aurais pensé qu’une autre maman pouvait aimer Charlton Heston.&lt;br/&gt;Je pensais qu’il y avait que Maman pour avoir des idées pareilles !…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Deborah est venu à mon anniversaire et nous nous sommes bien amusés.&lt;br/&gt;Tellement bien amusés, que le temps a passé, les années se sont additionnées aux années…&lt;br/&gt;… Et Deborah et moi nous nous sommes mariés et nous avons eu deux enfants, un garçon, Brad, et une fille, Angélina… &lt;br/&gt;Nos deux Bout d’Chou.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Mélusine ne veut pas faire le singe</title>
      <link>http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2008/9/24_M%C3%A9lusine_ne_veut_pas_faire_le_singe.html</link>
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      <pubDate>Wed, 24 Sep 2008 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2008/9/24_M%C3%A9lusine_ne_veut_pas_faire_le_singe_files/ILLUSTRATION-DIVINE_2.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object007_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;- Non, non, non… et non !!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Bon, j’ai compris, tu dis non !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Non, tu n’as pas compris. J’ai dit : non, non, non… et non !!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Ok... Ok..., tu ne veux pas, mais je pense quand même que tu n’as pas très bien compris que….&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	-	Mais si, j’ai très bien compris, tu veux que je fasse le singe ! Que je me déguise en guenon, moi, Mélusine Sybelle! La Grande vedette du théâtre et du cinéma, César de la meilleure actrice en…, enfin de la meilleure actrice, recherchée par tous les metteurs en scène, français et étrangers…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	-	Tu ne penses pas que tu en fais un peu trop là ?… Non ?… &lt;br/&gt;	-	Parce que, quoi ?…, d’accord… dans cette pièce tu es une guenon… mais tu es « La » chef du groupe !&lt;br/&gt;Tu commandes même le mâle dominant qui se traîne à tes pattes pendant toute la pièce !&lt;br/&gt;C’est lui qui devrait grogner et râler, tu ne crois pas ?&lt;br/&gt;Au lieu de ça, tu fais ta mijaurée, tu te fais prier… et … et tu nous casses les pieds !&lt;br/&gt;Si vraiment tu ne veux pas de ce rôle, tu n’as qu’un mot à dire, il y a plein de jeunes artistes qui ne demanderaient pas mieux que de l’avoir et qui seraient prêtes à payer pour ça, et de n’importe quelle manière…, si tu vois ce que je veux dire…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mélusine se tut.&lt;br/&gt;Elle savait que Rodolphe avait raison.&lt;br/&gt;Quoi qu’elle voulut faire croire, à Rodolphe ou à elle-même, elle n’était plus une jeunesse, et ni les rôles, ni les metteurs en scène, ne se bousculaient plus tellement à sa porte.&lt;br/&gt;Quoique 38 ans, ce ne soit pas vieux.&lt;br/&gt;Mais, dans le métier de comédien, il fallait être ou très jeune, ou très vieux.&lt;br/&gt;L’intermédiaire était un cap difficile à passer, surtout pour une femme, bien sûr.&lt;br/&gt;Plus assez jeune pour jouer les minettes mais pas assez âgée pour jouer les mères de famille nombreuse.&lt;br/&gt;Dur et cruel métier!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais, faire le singe… et pire.. la guenon !!!&lt;br/&gt;C’était tout de même difficile à avaler.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle avait bien lu le scénario.&lt;br/&gt;C’était l’histoire d’une troupe de singes qui voulaient devenir des hommes.&lt;br/&gt;Pas des Dieux, non, simplement des hommes.&lt;br/&gt;Parce qu’ils en avaient assez de passer leur temps à se déplacer de branche en branche pour trouver leur nourriture, de faire leurs nids le soir, de manger des feuilles, même si les fruits leur plaisaient encore, de se battre pour défendre leur territoire, et, surtout, de communiquer par ces horribles cris et ces gestes simiesques. &lt;br/&gt;De plus, les femelles en avaient jusque-là de devoir subir les assauts répétés des mâles, au gré de la fantaisie de ceux-ci, et avec seulement le droit d’être plus malignes qu’eux, en s’enfuyant au moment où la lueur de concupiscence brillait dans l’œil de l’un de leurs congénères.&lt;br/&gt;Ce qui arrivait trop souvent à leur goût.&lt;br/&gt;Enfin, toutes ne réagissaient pas de la même façon, bien sûr.&lt;br/&gt;Certaines étaient friandes de ces amusements et les recherchaient, ce qui provoquait d’inévitables querelles.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ils avaient, au hasard d’une transhumance, découvert un camp d’humains.&lt;br/&gt;Ils les avaient bien observés et avaient trouvé que leur façon de vivre était beaucoup plus agréable que la leur, et depuis, ils n’avaient plus qu’une idée en tête : faire pareil !&lt;br/&gt;La suite était évidemment une succession de scènes drolatiques et de gags, montrant toutes les péripéties et les moyens employés par les singes pour arriver à leurs fins.&lt;br/&gt;Malins les singes, tout le monde le sait!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les dialogues?… &lt;br/&gt;Et bien, les dialogues étaient réduits au minimum : des sons bestiaux, des cris aigus, pendant une bonne partie de la pièce.&lt;br/&gt;Mélusine, de ce côté-là, n’était pas trop mécontente; pour elle qui avait de plus en plus de mal à apprendre ses textes, ce serait parfait.&lt;br/&gt;Un bon point pour Rodolphe.&lt;br/&gt;Les comédiens devraient, par leurs mimiques et leurs cris, exprimer ce qu’ils vivaient, ce qu’ils voulaient faire passer.&lt;br/&gt;C’était la mode ce genre de truc.&lt;br/&gt;Choquer ou étonner le public c’était presque plus intéressant que la pièce elle-même, du moment qu’on en parlait.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rodolphe n’avait pas encore décidé si les comédiens seraient nus, ou vêtus d’une pelure.&lt;br/&gt;Logiquement, le singe est poilu, c’est l’homme qui est nu.&lt;br/&gt;Ils échapperaient donc peut-être à cette épreuve, êtres nus sur scène, mais une autre les attendrait : transpirer comme des bêtes (cette image la fit sourire involontairement), revêtus de fourrure synthétique. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bon.&lt;br/&gt;Mis à part le fait d’être des singes, le sujet était valable, même rigolo.&lt;br/&gt;Ce qui ne l’était pas c’étaient toutes ces cabrioles, toutes ces attitudes simiesques à mimer pendant une grande partie de la pièce.&lt;br/&gt;Mélusine ne se voyait pas en train de faire le singe, un point, c’est tout.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rodolphe s’approcha d’elle.&lt;br/&gt;- Alors, ma belle, tu réfléchis ?&lt;br/&gt;Ça n’est pas si terrible que ça, tu sais ?&lt;br/&gt;Et puis, tu ne restes pas une guenon toute la pièce, puisque tu es la première à te transformer en femme.&lt;br/&gt;J’ai pensé à quelque chose pour montrer ce changement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Évidemment, au début tu marches à quatre pattes, pas facile, j’en conviens.&lt;br/&gt;Mais tu es jeune, souple, et ces mouvements, ces attitudes tiendront plus de la danse que de singeries incontrôlées; elles te mettront en valeur, tous les spectateurs pourront admirer ta superbe silhouette de jeune femme…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mélusine l’interrompit sèchement :&lt;br/&gt;- N’exagère pas Rodolphe, si tu veux être crédible.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rodolphe en convint, mais il continua néanmoins :&lt;br/&gt;- Tu sais, tu ne bougeras pas tant que ça.&lt;br/&gt;N’oublie pas que tu es leur chef. &lt;br/&gt;Ils te vénèrent et ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour se faire aimer et apprécier de toi, tu as ta cour, dévouée et fidèle.&lt;br/&gt;Dans le fond, tu as la belle vie, et le beau rôle.&lt;br/&gt;N’oublie tout de même pas que je l’ai écrit pour toi ce rôle.&lt;br/&gt;Je l’ai pensé en fonction de ce que tu es, de ce que tu représentes pour les spectateurs, c’est-à-dire une comédienne capable de jouer le plus simple comme le plus difficile, et ce rôle, c’est le plus difficile de  ceux que tu as eus l’occasion de jouer jusqu’à maintenant.&lt;br/&gt;Justement parce que tu n’auras pas, ou presque pas, un texte pour te permettre de t’exprimer.&lt;br/&gt;Tu joueras avec tout ton corps, et ça, c’est ton challenge.&lt;br/&gt;A toi de jouer, à toi de créer, de faire vivre ce personnage, de le rendre crédible.&lt;br/&gt;De plus, ce n’est pas dans dix ans que tu pourras le jouer, c’est tout de suite, aujourd’hui, alors que tu es en pleine possession de tous tes moyens et dans la plénitude de ta beauté.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mélusine attrapa un journal qui traînait là et le lui lança à travers la figure :&lt;br/&gt;- Si tu continues-je… je…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rodolphe éclata de rire, mais n’insista pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mélusine se tu.&lt;br/&gt;Elle réfléchissait.&lt;br/&gt;Finalement, ce rôle commençait à lui plaire.&lt;br/&gt;Oh ! évidemment, si elle l’avait pu, elle s’en serait passée, mais il faut bien vivre, et les contrats ne pleuvaient pas tellement en ce moment, alors,… faire le singe,… dans le fond…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Curieuse, elle demanda : &lt;br/&gt;-  A quoi as-tu pensé pour le changement ? &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rodolphe, sûr de lui, prit un air malin, content de ce qu’il allait dire :&lt;br/&gt;- Voilà ! &lt;br/&gt;Après avoir investi le campement humain et chassé les habitants par vos cris et vos gestes agressifs, tu entres dans une tente, et là tu trouves des vêtements.&lt;br/&gt;Tu es la première à avoir une robe entre les pattes.&lt;br/&gt;Tu ne sais évidemment pas ce que c’est, ni à quoi ça sert, cette chose, mais ça te plaît quand même.&lt;br/&gt;Ah ! la curiosité féminine !&lt;br/&gt;Alors tu la tournes et la retournes sans savoir qu’en faire.&lt;br/&gt;Tu la piétines, tu la mords, tu essaies de la déchirer, mais c’est du daim, c’est solide et il ne faut pas oublier que tu es toujours à quatre pattes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Tiens, je te vois comme si tu le jouais là, immédiatement, tu t’imagines ?&lt;br/&gt;Ton visage, si expressif, pourra s’en donner à cœur joie.&lt;br/&gt;Heureusement, tu n’es pas de ces comédiennes qui n’ont que deux expressions, la joie et la douleur !&lt;br/&gt;Toi, tu as une palette infinie.&lt;br/&gt;Tu seras splendide !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je continue.&lt;br/&gt;Tes gestes se font de plus en plus précis.&lt;br/&gt;Tu commences à apprécier la douceur du tissu, tu le caresses, d’abord rudement, puis de plus en plus doucement.&lt;br/&gt;Tes mouvements s’adoucissent, imperceptiblement, … ils s’humanisent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Une flaque d’eau est à proximité, par hasard, tu te vois dedans.&lt;br/&gt;Tu ne comprends pas et tu essaies de voir qui est dans l’eau, tu la frappes à coups de pieds, tu t’éclabousses, tu es furieuse.&lt;br/&gt;Puis, lentement, très lentement, tu comprends.&lt;br/&gt;Dans l’eau, la chose qui bouge tiens le même morceau de daim que toi.&lt;br/&gt;Quand tu bouges, l’image bouge aussi.&lt;br/&gt;Chacun de tes gestes est répété par la chose dans l’eau.&lt;br/&gt;Et ta conscience s’éveille, … doucement…&lt;br/&gt;Tu comprends….&lt;br/&gt;L’image,… c’est toi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Alors, tu prends la robe et, maladroitement, tu la passes sur toi.&lt;br/&gt;Et tu te relèves, vêtue pour la première fois de ta vie.&lt;br/&gt;Tu te tiens, sans t’en rendre compte, debout,… droite !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Toute la troupe cesse alors  de s’agiter et te regarde, interloquée.&lt;br/&gt;Que se passe-t-il ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un moment de silence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis ils avancent lentement vers toi, à quatre pattes, t’entourent, s’immobilisent un instant, puis une clameur sourde s’élève du clan, s’enfle, et, tout à coup, tous ensemble, ils se redressent, te soulèvent au-dessus d’eux, te font passer par toutes les mains en criant, d’abord comme des singes, puis, petit à petit, leurs voix s’accordent, les sons deviennent audibles, et ils finissent par crier : hurrah !!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rodolphe se tu, visiblement content de lui.&lt;br/&gt;- Voilà, qu’en penses-tu ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Voui !, c’est pas mal, mais tu crois que ça va plaire ?&lt;br/&gt;Parce que des histoires sur les singes qui veulent devenir des hommes il y en a eu des tas.&lt;br/&gt;Les Chinois par exemple.&lt;br/&gt;Sun Wu Kong, le Roi Singe, tu connais ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Si je connais ? Bien sûr, c’est même cette histoire qui m’a inspiré, un peu à ma façon.&lt;br/&gt;Parce que, tu sais, les histoires peuvent se raconter de plein de manières différentes.&lt;br/&gt;Moi j’ai voulu que ce soit une héroïne au lieu d’un héros.&lt;br/&gt;Après tout, c’est bien la femme qui mène l’homme par le bout du nez, depuis Adam et Eve, non ?&lt;br/&gt;Alors, pourquoi pas une guenon ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;J’ai pensé aussi à « 2001 odyssée de l’Espace ».&lt;br/&gt;Quel film !!!,Une révélation !&lt;br/&gt;L’instant où le singe prend conscience de sa force et de sa puissance, parce qu’il a compris que cet os, qu’il tient dans la patte, lui permet de vaincre ses ennemis, et même de les tuer...&lt;br/&gt;et qu’à la suite de cette découverte il devient carnivore, donc prédateur.&lt;br/&gt;Pas un mot, que des cris gutturaux, mais quelle puissante et magistrale évocation!&lt;br/&gt;J’ai eu le frisson du siècle à l’époque.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Bon, c’est pas tout ça, tu le prends ou non , ce rôle ? parce que moi je dois commencer le casting, et tu sais aussi bien que moi comme c’est difficile de trouver des comédiens qui veulent bien faire le singe….&lt;br/&gt;Non, je plaisante.&lt;br/&gt;Tu verras, tu seras divine dans ce rôle.&lt;br/&gt;D’ailleurs,… je me demande,… je pense que l’héroïne pourrait s’appeler Divine.&lt;br/&gt;Qu’en penses-tu ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mélusine n’était plus avec lui.&lt;br/&gt;Elle rêvait, elle était partie dans la pièce, elle la jouait pour elle-même, elle se voyait interprétant le rôle.&lt;br/&gt;Divine,… bien sûr, qu’elle aimait ce nom.&lt;br/&gt;Elle allait pouvoir montrer toute l’étendue de son talent dans un rôle difficile, mais qui la sublimerait.&lt;br/&gt;Ils allaient voir ce qu’elle était capable de faire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle s’ébroua, regarda Rodolphe droit dans les yeux et lui dit :&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;- Rodolphe, si tu donnes ce rôle à quelqu’un d’autre que moi, je t’étripe !&lt;br/&gt;Tu m’entends ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Rodolphe sourit, sans lui répondre.&lt;br/&gt;Il s’approcha d’elle, lui caressa la joue, se pencha et l’embrassa tendrement.&lt;br/&gt;Ils se regardèrent un instant sans rien dire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis Rodolphe quitta la pièce en se disant :&lt;br/&gt;« Ouf ! cette fois-ci, j’ai bien cru que je n’y arriverais pas. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>La petite</title>
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      <pubDate>Sat, 13 Sep 2008 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Entr%C3%A9es/2008/9/13_La_petite_files/droppedImage.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.mijo.fr/fr/Les_Nouvelles_de_Mijo/Media/object008_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:216px; height:123px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;(Cette nouvelle a obtenu le troisième prix du concours de Poésie et de Nouvelles, décerné par la Société des Ecrivains Normands, le 19 Septembre 2009).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle avait tout juste, ou plutôt à peine, entre six et sept ans.&lt;br/&gt;C’était une enfant…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La nuit dernière, je n’arrivais pas à trouver le sommeil.&lt;br/&gt;Mon esprit vagabondait, errait de-ci de là, je m’assoupissais, pour tout à coup, sans crier gare, me retrouver totalement éveillée.&lt;br/&gt;Qui n’a jamais eu d’insomnie ne peut pas me comprendre.&lt;br/&gt;Rien de plus insupportable que ces longs moments, quand ce ne sont pas de longues heures, à attendre que le sommeil vous fasse enfin trouver l’oubli et le repos.&lt;br/&gt;Pendant ces heures inutiles d’attente vaine, parfois, des images s’imposent à moi.&lt;br/&gt;Sans que je puisse expliquer pourquoi, ce sont des visages qui tout à coup me sautent… au visage.&lt;br/&gt;Et c’est vraiment le terme : « sauter au visage ».&lt;br/&gt;J’ai les yeux fermés, le noir le plus total, rien… rien ne se passe… et tout à coup… un visage… grandeur nature, à quelques centimètres du mien !&lt;br/&gt;J’en ai vu comme ça des visages, plein.&lt;br/&gt;Des femmes, souriantes ou grimaçantes, jeunes ou vieilles, des hommes jeunes ou vieux également, souriants ou menaçants, des enfants aussi .&lt;br/&gt;Ils apparaissent, les uns derrière les autres, sans raison, et ils disparaissent comme ils sont venus, et pendant qu’ils sont là, je ferme bien les yeux pour essayer de les retenir.&lt;br/&gt;Mais, invariablement, au bout de quelques secondes, ils s’évanouissent, pour laisser la place aux suivants.&lt;br/&gt;Je ne les reconnais pas, ce ne sont jamais les mêmes.&lt;br/&gt;Sauf !&lt;br/&gt;Sauf cette gamine.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cette nuit, je l’ai reconnue.&lt;br/&gt;Je l’avais déjà aperçue lors d’une insomnie qui avait duré longtemps, trop longtemps.&lt;br/&gt;Je l’avais trouvée particulièrement, mignonne, touchante.&lt;br/&gt;J’avais ressenti comme un impression curieuse de l’avoir déjà vue, de la connaître peut-être.&lt;br/&gt;Elle m’avait souri, puis, comme les autres, avait disparu.&lt;br/&gt;C’était un des rares visages vraiment souriants, c’est pourquoi, peut-être, je ne l’avais pas oublié.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Or, cette nuit, elle est revenue.&lt;br/&gt;Bien que fatiguée de ne pouvoir trouver le sommeil, je l’ai reconnue tout de suite.&lt;br/&gt;Mais le plus curieux, c’est qu’elle aussi m’a reconnue.&lt;br/&gt;Oui, j’en suis sure, elle m’a reconnue, comme si elle n’était pas là par hasard, comme si elle avait décidé d’être là.&lt;br/&gt;Elle est arrivée après une vieille femme au visage renfrogné et accusateur, très désagréable, qui me regardait avec un drôle d’air, ce qui me mettait mal à l’aise.&lt;br/&gt;J’avais ouvert les yeux quelques secondes pour faire disparaître cette femme, et, quand je les ai refermés, la Petite était là.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mon Dieu comme elle était mignonne !&lt;br/&gt;Je suis incapable de dire si ce rêve éveillé était en noir ou en couleurs, impossible de dire la couleur de ses yeux, de ses cheveux, de ses vêtements, mais le tout dégageait une impression de douceur et de chaleur, de calme.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quoi que…&lt;br/&gt;Au bout de quelques secondes son expression m’a intriguée.&lt;br/&gt;Elle me regardait fixement, son sourire s’effaçait petit à petit, une interrogation inquiète, une sorte d’incitation à venir la rejoindre, que je ne voulais pas comprendre.&lt;br/&gt;Je secouais légèrement, et involontairement, la tête, comme pour dire « non, c’est impossible ! ».&lt;br/&gt;Mais son regard se faisait insistant.&lt;br/&gt;Je ne voyais que son visage, mais j’ai eu l’impression extrêmement réelle qu’elle me tendait la main pour m’inviter à la suivre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De nature plutôt cartésienne je me suis dit « arrête un peu ma fille, tu délires, comment veux-tu aller dans ton rêve, alors que tu ne rêves même pas. &lt;br/&gt;Tu es éveillée.&lt;br/&gt;Tu voudrais bien dormir depuis plusieurs heures, sans y arriver, alors secoue-toi, ce que tu vois c’est ton imagination, ta fatigue, rien de plus, qui te jouent des tours ».&lt;br/&gt;Tu délires éveillée.&lt;br/&gt;Et pour me prouver à moi-même que j’avais raison, j’ai ouvert les yeux, regardé autour de moi, dans le noir, écarquillant les yeux, distinguant quelques ombres par-ci par-là, puis je les ai refermés.&lt;br/&gt;Mais la gamine était toujours là, son visage de plus en plus inquiet et implorant.&lt;br/&gt;Je lisais sur ces lèvres ces mots muets » Viens ! ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Alors, mon corps depuis si longtemps tendu vers un sommeil qui ne venait pas, mon corps s’est tout à coup détendu, il m’a semblé s’allonger, s’étirer, se tendre vers ce visage qui l’appelait, et tout à coup, sans vraiment le vouloir, ni surtout sans comprendre ce qui m’arrivait, je me suis retrouvée à côté de la Petite !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Incrédule, inquiète, je me suis retournée vers le lit.&lt;br/&gt;J’y étais, normalement allongée, calme bien que le front légèrement froncé, comme si j’étais inquiète et en attente de quelque chose.&lt;br/&gt;J’ai alors regardé la Petite qui m’a souri et tendu la main.&lt;br/&gt;Et, comme si c’était tout naturel, j’en ai fait autant, j’ai pris sa petite main dans la mienne et elle m’a emmenée dans son monde.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il y faisait noir, plutôt froid, ce n’était pas une atmosphère agréable. &lt;br/&gt;Je n’étais pas bien, mais la main de la Petite, chaude, vivante, me rassurait, et je la suivais sans trop de crainte.&lt;br/&gt;Après avoir marché en silence un moment qui m’a semblé long, très long, nous avons débouché dans un endroit totalement différent.&lt;br/&gt;La lumière avait remplacé l’obscurité de cette espèce de forêt noire que nous avions traversée.&lt;br/&gt;Le soleil irradiait, le ciel bleu, parsemé de petits nuages blancs qui semblaient jouer à saute-mouton entre eux, dispensait une lumière douce et fraîche.&lt;br/&gt;.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je regardais la Petite et, pour la première fois, je lui adressais la parole.&lt;br/&gt;« Dis- moi d’abord, qui es-tu, comment t’appelles-tu, et ensuite pourquoi et comment tu m’as fait venir ici ? ».&lt;br/&gt;Elle me regarda en souriant.&lt;br/&gt;« Qui je suis ? tu le sauras. Comment je m’appelle ? tu le sauras aussi. Où nous sommes ? tu vas le découvrir, et pourquoi, également.&lt;br/&gt;Maintenant suis-moi, sois sans crainte ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est ce que j’ai fait.&lt;br/&gt;Nous avons… je ne dis pas marché… ni volé… ni nagé… je ne sais pas comment expliquer notre façon de nous déplacer.&lt;br/&gt;Nous avancions, tout simplement.&lt;br/&gt;Les obstacles, si tant est qu’il y en eut, s’effaçaient tout simplement parce que je ne me souviens pas d’avoir eu à m’en occuper.&lt;br/&gt;Nous marchions toutes les deux, en silence.&lt;br/&gt;Et, si bizarre que cela puisse paraître, ça ne m’étonnait plus du tout.&lt;br/&gt;Sa petite main dans la mienne me communiquait un bien être, un apaisement total, au point que je pensais par moments m’être tout simplement enfin endormie.&lt;br/&gt;Mais aussitôt, sa petite main pressait la mienne et me redonnait conscience de ce qui se passait.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Au bout d’un moment, elle a lâché ma main et s’est retournée vers moi.&lt;br/&gt;Elle m’a regardée avec un air qui m’a profondément émue, sans que je comprenne pourquoi.&lt;br/&gt;Un regard doux, mais aussi, compatissant, comme si elle était un peu désolée de ce qu’elle allait me dire ou me faire voir, mais tout à la fois décidée à le faire, parce qu’il le fallait.&lt;br/&gt;Je commençais à m’inquiéter, mais elle a repris ma main et nous avons avancé.&lt;br/&gt;Une sorte de brume avait envahi le paysage.&lt;br/&gt;Je ne parvenais pas à voir ce qu’il y avait devant nous, mais très rapidement, nous avons traversé ce voile et la surprise m’a clouée sur place !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un  jardin superbe, à la fois jardin et pièce, difficile à définir, très clair, très joyeux, rempli d’enfants de tous âges et même d’adultes,  de vieillards, mais qui paraissaient, bizarrement, aussi jeunes que les enfants.&lt;br/&gt;Je ne peux pas expliquer ce sentiment, mais c’est un fait, ces adultes avaient l’air de jeunes enfants.&lt;br/&gt;Seule leur taille les différenciaient des petits.&lt;br/&gt;Ils jouaient tous ensemble, aux mêmes jeux, riaient ensemble, s’amusaient sans complexe.&lt;br/&gt;C’était très étrange, mais également très agréable.&lt;br/&gt;Si je m’étais écoutée je serais allé jouer avec eux, c’était très tentant.&lt;br/&gt;Mais la Petite m’a regardée.&lt;br/&gt;Et j’ai compris que j’allais enfin avoir des explications sur cette si étrange aventure.&lt;br/&gt;Elle s’est assise sur une petite chaise, ou un nuage, qu’importe, et m’a invitée à en faire autant.&lt;br/&gt;Son petit visage est devenu sérieux, mais pas sévère, très doux, et j’ai eu tout à coup l’impression que c’était elle l’adulte et moi l’enfant.&lt;br/&gt;Et elle m’a parlé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Tu te demandes où tu te trouves ?&lt;br/&gt;Cet endroit s’appelle » la crèche des enfants désirés, mais qui n’ont pas voulu aller sur terre ».&lt;br/&gt;Devant mon air étonné, elle a poursuivi.&lt;br/&gt;«  Tu m’as demandé mon nom tout à l’heure, tu ne t’en doutes pas ? ».&lt;br/&gt;Je restais silencieuse, mais ma gorge se nouait, doucement.&lt;br/&gt;Elle me dit : « maintenant tu dois savoir comment je m’appelle ? ».&lt;br/&gt;Je baissais les yeux, les larmes montaient, chaudes, douces, mais si amères.&lt;br/&gt;Pourquoi me tourmenter ainsi ?&lt;br/&gt;Elle insista :&lt;br/&gt;« Allez, n'ai pas peur, il n’y a rien de grave, ton  émotion est tout à fait naturelle, dit-le cela te soulagera ».&lt;br/&gt;Alors j’ai prononcé très doucement, sourdement, son nom «  Virginie ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Elle a souri.&lt;br/&gt;Et tout à coup, en moi, un sentiment de bien être, d’apaisement, m’a envahie.&lt;br/&gt;Elle m’a alors parlé doucement.&lt;br/&gt;«  Vois-tu, tu n’es pas la seule à avoir désiré un enfant qui n’est pas venu. Tous ceux que tu vois là ce sont des enfants qui n’ont pas voulu descendre sur terre.&lt;br/&gt;Quand une maman, ou une petite fille comme toi par exemple, a simplement désiré un enfant, fille ou garçon, cet enfant a pris vie dans cette crèche.&lt;br/&gt;Pour des raisons diverses, ces enfants ne se sont pas concrétisés sur terre.&lt;br/&gt;Mais ici ils ont toute leur place, et, sans le savoir, plein de mamans ont fait naître ce monde merveilleux ou rien de fâcheux ne peut arriver.&lt;br/&gt;Ces enfants naissent, grandissent et vivent ici leur vie heureuse, comme de vrais enfants.&lt;br/&gt;La seule chose triste, mais obligée, c’est que ces enfants disparaissent quand leurs parents terrestres, leurs créateurs, meurent.&lt;br/&gt;Parce que plus personne ne pense à eux, alors ils laissent leur place aux nouveaux venus.&lt;br/&gt;Mais c’est une bonne chose parce que les places ne seraient bientôt plus suffisantes.&lt;br/&gt;Si tu savais le nombre d’enfants désirés mais qui ne voient pas le jour.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ainsi toi, tu m’as créée.&lt;br/&gt;Tu étais une « enfant unique ».&lt;br/&gt;Donc seule !&lt;br/&gt;Malheureusement pour toi, cet état de choses n’était pas dans ton caractère.&lt;br/&gt;D’autres, dans la même situation, s’en trouvent très bien, mais pas toi.&lt;br/&gt;Tu désirais ardemment un frère ou une sœur, mais aucun d’eux n’est arrivé et tu es restée avec ton chagrin et cette immense impression de solitude.&lt;br/&gt;Heureusement tes parents étaient adorables et tu n’as pas été malheureuse, loin de là, mais ta solitude te pesait.&lt;br/&gt;Des parents, aussi gentils soient-ils, ne pouvaient remplacer un enfant de ton âge. &lt;br/&gt;Alors tu rêvais…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Puis, un jour, tu as lu « Paul et Virginie ».&lt;br/&gt;Et ce fut une révélation !&lt;br/&gt;Quand tu serais grande, tu aurais une fille et tu l’appellerais Virginie ».&lt;br/&gt;Tu as alors vécu avec cette idée.&lt;br/&gt;Curieusement, tu n’as jamais appelé aucune de tes poupées Virginie.&lt;br/&gt;Tu réservais ce prénom à Ta fille.&lt;br/&gt;Mais elle n’est pas venue.&lt;br/&gt;Elle vivait depuis si longtemps dans son Paradis, que l’idée de descendre sur terre ne l’a pas enchantée.&lt;br/&gt;Mais tu as tout même réalisé un second rêve, bien plus important celui-là, avoir deux enfants, et &lt;br/&gt;ne pas reproduire ta solitude, même si tes enfants se disputaient, cela valait tout de même mieux que d’être seul.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je ne m’en étais pas rendu compte, mais je pleurais à chaudes larmes.&lt;br/&gt;Ça n’était pas désagréable, au contraire, j’avais l’impression que ces larmes entraînaient mon chagrin et me laissaient apaisée, étrangement calme, comme après une très violente tempête.&lt;br/&gt;Virginie s’approcha de moi et m’embrassa tendrement, doucement, et je me rendis compte que ses joues aussi étaient mouillées.&lt;br/&gt;Je la pris sur mes genoux et la berçais un moment.&lt;br/&gt;Une grande joie, un sentiment de profonde paix, comme si je venais d’aborder sur une île merveilleuse après avoir dérivé des siècles sur une mer déchaînée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Virginie se leva, me prit de nouveau par la main, me regarda bien en face et me dit.&lt;br/&gt;« Tu m’as demandé tout à l’heure pourquoi je t’ai emmenée ici. &lt;br/&gt;C’est pour que tu trouves enfin la paix.&lt;br/&gt;Il ne faut pas désirer ce que tu n’as pas.&lt;br/&gt;Sois heureuse de ce que tu possèdes, c’est déjà beaucoup.&lt;br/&gt;Ne regarde pas en arrière, il y a tellement de belles choses à venir que celles que tu n’as pas pu avoir doivent s’effacer de ta mémoire.&lt;br/&gt;Va de l’avant, maman…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un énorme sanglot m’a réveillée.&lt;br/&gt;Je m’étranglais, je hoquetais.&lt;br/&gt;Quel rêve, mon Dieu, quel rêve !&lt;br/&gt;Bien sûr que c’était un rêve, mais avec une telle réalité que je n’en revenais pas.&lt;br/&gt;Pas étonnant que le visage de cette petite me rappelle quelqu’un : c’était moi, tout simplement, enfant…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;En relisant ce que je viens d’écrire je suis étonnée.&lt;br/&gt;Je voulais écrire une histoire drôle, peuplée de monstres, de choses horribles et effrayantes, ou alors pleine de gags plus drôles les uns que les autres.&lt;br/&gt;Et bien non, de ce côté là, c’est raté.&lt;br/&gt;Je pense que Virginie a guidé ma main.&lt;br/&gt;Peut-être attendait-elle que je me mette devant mon clavier pour prendre le pouvoir et m’entraîner dans son histoire, sans me laisser le choix de réagir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais après tout qu’importe, son histoire est aussi la mienne, non ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;(Tous droits réservés)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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